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POUR MIEUX NOUS COMPRENDRE…

TABLE DES MATIERES

1. LA PSYCHOTHERAPIE, UN CHOIX, UN CHEMIN DIFFICILE
2. LA DASEINSANALYSE EN QUELQUES MOTS
3. NOUS COMPRENDRE AU FIL ET DANS L’ECART DE TEXTES…
3.1. : REGARD PHENOMENOLOGIQUE SUR LA VIE DE LOUIS II DE BAVIERE…
3.2. : APPROCHE PHENOMENOLOGIQUE DE L’ÊTRE A HAUT POTENTIEL ET DE LA GENIALITE : TRAVERSEES ET FOYER TENSIONNEL DE LA PENSEE DE HENRI MALDINEY.
3.3. : LA RENCONTRE EXISTE LE FOND
3.4. : DE L’ORIENT A L’OCCIDENT : PASSAGE A L’IMPOSSIBLE QUI EXIGE SON LIEU : BASCHO, CHORA ,… L’ OUVERT.
3.5. : ONTOKINESTHESE DU MELANCOLIQUE OU LE CORPS EN DERELICTION EN RECHERCHE DE PRESENCE.
3.6.a : DE L’OUVERT ET L’INTIME. A LA DÉCOUVERTE DU DA-SEIN AU JOUR D’UNE SYNERGIE ENTRE LA PENSÉE HEIDEGGÉRIENNE ET UN MOMENT ÉVÉNEMENTIEL DE VIE TEL LE SÉJOUR EN INDE DE MEDARD BOSS.
3.6.b : (IN ENGLISH)"INTIMACY AND OPENNESS", A PECULIAR UNDERSTANDING OF DA-SEIN THROUGH THE INTERTWINING OF HEIDEGGER’S PATH OF THINKING AND A LIFE’S EVENT AS MEDARD BOSS'S JOURNEY IN INDIA.
3.6.c : (IN GERMAN) „INTIMITÄT UND OFFENHEIT", EIN BESONDERES VERSTÄNDNIS DES DA-SEINS ANHAND DER VER¬FLECH¬TUNG VON HEIDEGGERS GEDANKENWELT UND EINES LEBENSEREIGNISSES WIE DIE INDIEN-REISE VON MEDARD BOSS.


1. LA PSYCHOTHERAPIE, UN CHOIX, UN CHEMIN DIFFICILE


Durant ces 30 dernières années, le champ de la santé mentale a été bouleversé tant par le progrès scientifique que par la prolifération anarchique des formes d’accompagnement laissant ainsi perplexes tant les patients en recherche d’une aide clinique que les jeunes psychiatres et psychologues en recherche d’une formation en psychothérapie.
J’éprouve aujourd’hui pleinement ce vers quoi je me suis orienté dès la fin des années septante : habiter cette manière d’être que suscite la pensée Daseinsanalytique :
• Être à l’écoute des existentiaux, des dimensions selon lesquelles un homme existe.
• Ressentir les formes manquées de la présence humaine
• Déconstruire l’écheveau de l’histoire du patient où s’emmêlent ses vécus, ses croyances, ses représentations, où s’emmêlent potentialité et impuissance.
• Retrouver, remonter aux lieux des failles qui mettent la présence en échec en cristallisant les événements traumatisants.
• Partager des signifiances d’existence déployant la Macht der Vereinigung.
• Aménager un espace et un temps d’accueil, de sérénité, de silence où l’étincelle d’une reconstruction puisse survenir, celle d’une trame existentielle qui puisse chaque jour, à chaque événement, se défaire pour se retisser nouvelle et à la fois identique.
• Ne plus considérer une pensée ou une idée comme une vérité apodictique mais la déconstruire, l’éprouver et l’intérioriser à l’aune du moi opérant pour dévoiler « dans (cette) recherche transcendantale ce qui me restait caché dans mon humanité. »
• Ne pas juger ou demeurer embourbé dans mes croyances.
• Suspendre la thèse du monde, l’attitude naturelle pour « observer » jusqu’au moment où le sens se donne tout en sachant que dans l’acte de percevoir, je m’éprouve moi-même dans une relation immédiate à moi-même.
• Remonter à cette origine, au sol universel de toutes les expériences qui constituent un monde avant toute opération logique, libre de toute thématisation.

• Prendre conscience
o qu’il n’y a pas de perception d’objets mais perception d’un vécu d’objets qui instaure un rapport à soi qui précède toute réflexivité, toute conscience positionnelle et objectivante
o que vivre, c’est aussi agir sur un fond qui échappe à mon contrôle, à ma conscience mais que je peux pâtir.
o Que si un vécu disparaît pour en libérer un autre, ce qui est constitué en lui persiste.

• Ne jamais oublier que le vivre, tout acte, toute émergence de conscience, toute décision, toute reconnaissance n’est possible que sur un fond de passivité à la fois originaire (celle dont les intentions précèdent toute activité de la raison) et secondaire (celle qui naît après des productions de la raison). La passivité « n’est ni une qualité de l’objet, ni une propriété du sujet, mais un rapport de sens entre le sujet et l’objet, c’est-à-dire un mode intentionnel de conscience, une façon d’être présent au monde : il n’y a de passivité que de l’acte, que cette passivité précède, accompagne ou suive l’acte. »

Dois-je préciser qu’aucune de ces démarches n’est naturelle ou évidente, qu’aucune d’entre-elles n’est jamais totalement réalisée mais qu’elles imposent une vigilance de chaque instant. Le Dr. Roland Kuhn nous le rappelait à chaque rencontre : il n’y a rien de moins évident que le regard phénoménologique, que cette écoute qui a suspendu l’attitude naturelle et notre tendance à juger à partir de tous nos a-priori.

Comment observer, décrire, expliquer et accompagner le mouvement de la vie d’un patient sans le trahir, sans la trahir ?

La réponse de Heidegger s’appuie sur une pensée de Blaise Pascal : « « Quand tout se remue également, rien ne se remue en apparence, comme en un vaisseau. Quand tous vont vers le débordement, nul ne semble y aller. Celui qui s’arrête fait remarquer l’emportement des autres, en un point fixe. » Commentant cette pensée, Heidegger précise que la simple participation à l’emportement connaturel de la vie empêche le travail de la compréhension, c’est-à-dire de l’interprétation catégoriale. Tout le problème est de trouver une attitude devant la vie qui ne trahisse pas aussitôt son sens d’être, la facticité. Cette attitude, c’est l’attitude « herméneutique »…

Tel est certainement un des rôles que joue la philosophie dans la clinique : permettre au clinicien de ne pas se laisser emporter par le courant mondain pour, au moment même où l’Être se voile, se recouvre, où le sens s’échappe, sans cesse y revenir… revenir à la chose elle-même. « Comprendre, ce n’est pas seulement, dominer, maîtriser et produire des « résultats » vérifiables qui soient indépendants de l’observateur, c’est plutôt être pris par une interrogation et entrer dans un dialogue. »

Pour Heidegger, l’herméneutique n’est pas une discipline théorique, une théorie générale de l’interprétation mais une dimension interne de la facticité. Cela veut dire que le « comprendre » qui est une dimension intrinsèque de la vie factuelle, n’est pas un comportement de type cognitif. Le comprendre est un mode d’être du Dasein lui-même. L’herméneutique est au service de l’éveil à soi du Dasein.

A l’instar de Gadamer, le clinicien est en instance de prendre conscience que l’art, les sciences humaines, la clinique ne se dévoilent pas « dans une distance objectivante » mais bien au contraire au jour d’un « être-pris par le sens, l’interpellation ou l’appel. »

La psychothérapie est devenue un sujet à la mode et dès lors prisée par les magazines, les journaux, les débats télévisés. Tout est dit et son contraire. Le terme semble s’éclaircir alors qu'il n’en devient que plus hermétique. Le danger principal de cette information grand public est de favoriser « cette ignorance qui consiste à « croire savoir » ce qu’on ne sait pas. » "On" ne s'intéresse qu’aux phénomènes mondains de la psychothérapie sans jamais porter un regard phénoménologique c'est-à-dire s'intéresser à son essence. Notre rôle de pédagogue est de souligner cette ignorance car « ce que l’on croit savoir, il est impossible de se mettre à l’apprendre. »

La variété des courants psychothérapeutiques privilégiant des fondements diamétralement opposés tels la rigueur scientifique, la thématisation, l’établissement de protocoles, les grilles d’évaluation ou le contact, la rencontre, voire même l’aventure silencieuse de l’entre-deux hypothèque la possibilité d’une connaissance exhaustive. Mes pistes de réflexion ne restent donc qu’une facette parmi tant d’autres qui ont le mérite d’être conscientes de leurs limites et de leur fondation : une pensée aperturale qui "ne peut être apprise dans les livres mais qui ne peut non plus être enseignée, sauf si l'enseignant reste toute sa vie un apprenti."

• Le premier mode de donation de la psychothérapie est l’accueil, l’écoute de l’autre dans toute sa spécificité. Ses foyers tensionnels sont 1. L’éthique comprise comme une attitude qui favorise une mise en présence de deux existants et implique la compréhension de ce que « être un homme veut dire» ; 2. L’herméneutique qui sous-tend un décodage des structurations logiques, une compréhension de la manière dont son partenaire existentiel donne sens au monde et aux mots afin qu'un dialogue puisse instaurer un monde commun, un monde-en-compagnie-des-autres, une apprésentation qui ouvre l'espace de la rencontre.
• Le psychothérapeute veillera à maintenir une sollicitude devançante libérante qui ne se substitue pas au pouvoir décisionnel de son patient mais ouvre un espace de présence où le patient peut s'éprouver dans son rapport au-monde. A l’acmé de ses possibilités, elle devient une rencontre qui transcende l’engagement existential.
• La psychothérapie attend d’un psychothérapeute qu’il se forme et qu’il chemine tout au long de sa pratique, qu’il interroge son être le plus propre afin de ne pas se figer dans une croyance, dans une doctrine ou une Doxa. Il ne montre pas le chemin au patient mais en est un témoin.
• Toute thérapie connaît une forme de quotidienneté où rien de visible ou tangible ne se passe. L'instant proprement thérapeutique qui "allume l'étincelle de vie" est événementiel. Il n'est jamais provoqué, intentionnel. Il surprend, étonne tant le patient que le thérapeute et les met tout deux en demeure de se transformer.
• L'espace thérapeutique est espace d'échange, de partage de deux cheminements personnels, lesquels ne s'imposent pas l'un à l'autre. Aucun ne s'érige en vérité, en modèle. Ils demeurent simples témoins d’un l'horizon du possible, d’un "le là" où l'homme devient ce qu'il a à être.
• L’écoute thérapeutique instaure un dialogue (dia-logoV) dont les tenseurs sont le langage corporel et la langue, l’aller-vers-l’autre et le retour-à-soi, la passibilité et l’expressivité. La parole engage un processus de déconstruction de toutes les représentations mentales pour ouvrir au patient comme au thérapeute une voie à la pensée, une voie à l’exister.
• La thérapie bouleverse les repères-repaires temporels de telle sorte que le patient ne s’enferme plus dans son passé (dépression, mélancolie) ou se projette dans un futur déprésentifié (manie). Elle harmonise les trois extases du temps pour que le présent puisse instaurer une présence.
• La thérapie mobilise toutes les potentialités de l’homme pour le remettre en contact avec ce qui le sauve : sa créativité qui lui permet de redynamiser sa vie à l’aune du possible, voire même de l’impossible qui le surprend et le transcende.

Au fil du temps et de mes rencontres s’est révélé un irréductible : la philosophie. Je n’aurais jamais pu continuer à répondre à l’appel déchirant du patient sans la ressource de la pensée philosophique, une pensée qui, au demeurant, ne sera jamais théorique mais nourrie du dialogue, de l’écoute et de la présence du maître et de l’ami : le Pr. Maldiney. L’écriture d’Henri Maldiney déploie les plis recroquevillés de la pensée et appelle en silence l’existant à exister. Géniale, elle se démarque de toute instrumentalisation, de tous modes de donation objectale. Elle se donne là où elle se retire : dans les silences, dans les respirations, dans ce rythme qui vous prend ou, à défaut, vous laisse sur le seuil d’une intelligibilité close sur vous-mêmes.

2. LA DASEINSANALYSE EN QUELQUES MOTS

La psychothérapie est une science, un art, une discipline qui concerne et implique essentiellement des êtres humains dans toute leur richesse et complexité. Elle est un « engagement existential », une rencontre qui ouvre un chemin menant à une destinée commune : se libérer de ses entraves pour pouvoir-être. Car telle est bien une des singularités de l'homme : sa possibilité continue de dévoiler son être. De tous les étants, l'homme se distingue. Cette distinction mérite d'être pensée, réfléchie. Dans la tradition philosophique, un penseur se démarquera en dévoilant sans cesse l'être de l'étant-homme : Martin Heidegger. Il interrogea l'Être, l'existence, la présence repris par un seul mot en allemand : Dasein. Au fil des années, ce mot va perdre son sens trivial et commun pour désigner essentiellement l'être humain et représenter celui-ci dans toute son entièreté. Cette recherche de toute une vie deviendra la Daseinsanalytik dont l'œuvre phare est « Etre et Temps » 1927.

La Daseinsanalyse sera fondée dans les années 40 par un contemporain et ami de Freud, le Dr L. Binswanger qui, psychiatre de père en fils désirait une psychiatrie plus scientifique et plus humaine.

Cette nouvelle approche thérapeutique se reposa sur trois fondements: la psychanalyse de Freud, la phénoménologie de Husserl et la Daseinsanalytik de Heidegger. La Daseinsanalyse s'intéresse á la manière d'être-au-monde du patient plutôt qu'à une étiquette clinique. Le thérapeute perçoit le patient dans sa possibilité d'être-là et les flexions de sa présence-au-monde. Selon Binswanger, toute souffrance altère la manière d'être-au-monde du patient. C'est pourquoi, se mettre « en tonalité de présence » avec le patient nous permet de saisir dans quelle réalité il vit et surtout comment il la vit. Le thérapeute s'intéresse aux traits fondamentaux de l'être-homme, à ses existentiaux: sa spatialité, sa temporalité, sa corporéité, sa manière d'être avec les autres dans le monde commun, son humeur, son historicité, son être-pour-la-mort et le déploiement dans la liberté de toutes les valeurs qui lui permettent d'exister. Par son souci d'aller à l'essence des choses, la Daseinsanalyse s'interroge sur le fondement de ses perceptions et pratique autant que faire se peut la réduction phénoménologique. En d'autres termes, elle ouvre une parenthèse, une «épochè» où s'évanouissent tous ses a priori pour accéder dans l'intuition à l'eidos, aux modes d'être fondamentaux du patient. La Daseinsanalyse est une thérapie verbale qui cherche continuellement à se représenter le sens sous les mots, à se tourner vers l'expérience vécue qu'indique la signification du mot. Elle permet à l'analysant d'accéder à la faille de son être, celle qui émerge du conflit qui oppose l'aspect inéluctable de sa destinée et toute la dimension du choix de son existence.

Sigmund Freud
Edmund Husserl
Heidegger

La Daseinsanalyse revient toujours au phénomène tel qu'il se présente selon sa configuration immanente et implicite. Elle n'a pas recours à une métapsychologie mais simplement au vécu, à ce qui se manifeste en deçà de tous les jugements construits.

En nous référant notamment aux oeuvres de M. Heidegger, de H.Maldiney et des grands psychothérapeutes Daseinsanalystes, nous proposons un espace analytique verbal et atmosphérique dans le sens que lui a donné le Dr. Tellenbach dans « Goût et Atmosphère» à savoir que «dans presque toute expérience de nos sens se trouve un plus qui reste inexprimé. Ce plus qui dépasse le fait réel que nous sentons en même temps que lui, nous pouvons le nommer atmosphérique. (p.40)». Cette approche anthropo-phénoménologique de l'atmosphérique constitue notre spécificité. L'atmosphérique est le berceau de l'aire protectrice de l'être, de la confiance en soi et du développement personnel. La pré-compréhension atmosphérique jette les bases de toute possibilité de rencontre. C'est ainsi que «toute personne doit pouvoir se retirer dans l'atmosphérique pris comme protecteur pour éviter l'immixtion génante, voire destructive du monde.(p.49)». La Daseinsanalyse est une psychothérapie qui trouve ses fondements dans la philosophie. Elle considère toute souffrance mentale comme une privation de liberté, comme une impuissance à l'existence.

Dans la mesure où «il y a des êtres qui ont la chance d’éveiller et de faire prospérer l'atmosphérique, et d'autres qui par contre peuvent le perturber, voire le détruire(p.50), le psychothérapeute, au-delà d'une longue formation académique en psychologie et en philosophie, travaillera également sa manière d'être présent-au-monde. Comme outil thérapeutique, nous utilisons le logos en recherchant comme Heidegger le déploiement même de la parole, ce rapport entre la parole et l'Être. Il s'agit d'affiner le discours afin que le patient puisse habiter son verbe de tout son être : cette parole juste surgit de la question dialogale, elle est une réponse à un appel silencieux. Par là, elle est inclusion du sentir dans la communication intersubjective.

Cette psychothérapie s'adresse à toute personne qui désire entreprendre une analyse ou en d'autres termes qui désire « se libérer de ... » quelque chose qu'il n'a peut-être pas encore identifié afin de pouvoir s'épanouir au monde. Lorsque l'existence est devenue une impasse, la rencontre psychothérapeutique permet au patient d'ouvrir à nouveau son horizon afin de pouvoir éprouver le monde et redevenir un receveur-transformateur de tout événement, voire même impossible ou absolument imprévisible.

La Daseinsanalyse rend à nouveau possible la possibilité de la rencontre, de l'être-avec. Elle permet au Dasein de pouvoir-être dans chacun de ses existentiaux.

3. NOUS COMPRENDRE
AU FIL ET DANS L’ECART DE TEXTES…

3.1. : « Et si le réel n’existait pas, de la transcendance de la folie à l’émergence de l’Être» : regard phénoménologique sur la vie de Louis II de Bavière par Dr. Ado Huygens Conférence d’ouverture aux quatrièmes journées d’étude de sexologie – Tours – 1996 : « »

3.2. : Approche phénoménologique de l’être à haut potentiel et de la génialité : Traversées et foyer tensionnel de la pensée d'Henri Maldiney par Dr. Ado Huygens Publié dans le journal du psychiatre 2007

3.3. : La rencontre existe le fond par Dr. Ado Huygens. Dialogue avec Henri Maldiney – Texte d’Ouverture du livre collectif en hommage a Henri Maldiney, une phénoménologie a l’impossible

3.4. : De l’orient a l’occident : passage à l’impossible qui exige son lieu : Bascho, chora ,… l’ Ouvert par Dr. Ado Huygens - Conférence donnée en mars 2002 au congrès de la sociéte belge d’hypnose.

3.5. : Ontokinesthese du mélancolique ou le corps en deréliction en recherche de présence par Dr. Ado Huygens - Conférence donnée a Paris 1998 au congrès International de Somatanalyse.


3.6.a : De l’Ouvert et l’Intime. A la découverte du Da-Sein au jour d’une synergie entre la pensée heideggérienne et un moment événementiel de vie tel le séjour en Inde de Medard Boss.

 

 

Traduction de l’anglais et réécriture par l’auteur

 

Lieu. Université de

Vienne, le 17 janvier 2014

Prague, les 23-25 mai 2014

Paris, 11-12 juillet 2014

 

 

Thème:

"De l’Ouvert et l’Intime. A la découverte du Da-Sein au jour d’une synergie entre la pensée heideggérienne et un moment événementiel de vie tel le séjour en Inde de Medard Boss.”

 

En août dernier, lors d’un voyage au Népal, je fus le témoin privilégié d’une crémation au temple hindou de Pashupatinah. Une expérience événementielle qui me remit en mémoire le séjour de Medard Boss en Inde et la notion heideggérienne fondamentale d’ « être-vers-la-mort ». “ Devenir Daseinsanalyste” exige d’entrelacer à toute formation un cheminement et une méditation des existentiaux qui fondent notre vie. Donnons-nous le temps d’en approfondir deux particulièrement fondatifs en psychothérapie : l’Ouvert et l’Intime.

Mots-Clefs :

 

Le danger du Gestell, l’arraisonnement ou le dispositif, celui d’une technologisation outrancière et d’une rationalisation toute puissante. – Habiter et éprouver la présence du Quadriparti (Geviert) – Être à l’écoute de l’appel à penser ce qui est à penser : « L’Entre-Trois Existential » qui s’impose à l’homme : «L’Être – l’étant – le Néant» potentialisé par la transcendance. – La Daseinsanalyse: un cheminement continuel de la vérité, du sans-retrait (Alhqeia)[1] en tant que dévoilement : (Richtigkeit-justesse ó Ubereinstimmung-concordance, adéquation ó Entdecktheit-découvrement ó Unverborgenheit-dévoilement,désabritement, suspension du retrait ó Erschlossenheit- déclosion, ouvertude ó Lichtung-clairière). Daseinsanalyse et dialogue.

 

Theme :

"Intimacy and openness", a peculiar understanding of Da-sein through the intertwining of Heidegger’s path of thinking and a life’s event as Medard Boss's Journey in India.

 

Last August, I was a witness to a cremation in Pashupatinah. A very strong experience which remember me the journey of Medard Boss in India and the " being-towards-dead" of Heidegger. "Become Daseinsanalyst" implies more as training or knowledge but a deep experiencing of the existentialia. From this perspective, let us ponder two keynotes of psychotherapy: Intimacy and openness.

 

Keywords :

 

Danger of enframing (Gestell), technology and extreme rationalization – Dwelling and the fourfold (Geviert) – Appeal to think what has to be thought: the threefold existential concern of “Being - Beings - Nothingness” potentiated by transcendence – Daseinsanalysis: a never-end pathway to Aletheia as unconcealment (Richtigkeit-correctness ó Ubereinstimmung-agreement ó Entdecktheit-discovery ó Unverborgenheit-unconcealment ó Erschlossenheit-disclosedness ó Lichtung-clearing)[2]. Daseinsanalysis and Dialogue.

Übersetsung : Salome Hangartner

Thema :

„Intimität und Offenheit", ein besonderes Verständnis des Da-seins anhand der Ver­flech­tung von Heideggers Gedankenwelt und eines Lebensereignisses wie die Indien­reise von Medard Boss.

 

Im vergangenen August war ich bei einer Kremation in Pashupatinah zugegen. Ein sehr Erlebnis, das mich an die Indien-Reise von Medard Boss und Heideggers „Sein zum Tode” erinnerte. Daseinsanalytiker zu werden beinhaltet mehr als die entsprechende Ausbildung oder Wissen, nämlich eine tiefgehende Erfahrung der Existentialia. Aus diesem Blickwinkel wollen wir zwei Schlüsselbegriffe der Psychotherapie betrachten: Intimität und Offenheit.

 

Schlüsselworte :

 

Gefahr des Gestells, Technologie und extreme Rationalisierung – Aufenthalt und das Geviert – Aufruf zu denken, was gedenkt werden muss: die dreifache existentielle Besorgnis um das „Sein - Seiende - Nichts” potentialisiert (verstärkt) durch Transzendenz – Daseinsanalysis: ein nie endender Weg zu Aletheia als Unverborgenheit : (RichtigkeitóÜbereinstimmung óEntdecktheitó

Unverborgenheitó ErschlossenheitóLichtung).

Daseinsanalyse und Dialog.

 

 

 

 

 

Conférence :

Zeitlichkeit und Psychotherapie” « Temporalité et Psychothérapie » n’est pas un thème anodin. Il n’est d’ailleurs pas un thème mais plutôt un révélateur d’une situation tristement connue, celle d’un totalitarisme sournois qui, après avoir quelque peu sommeillé, se réveille de plus belle. En effet, ce qui éclata dans les années trente n’en finit pas de contaminer, d’infecter – de moins en moins subtilement – nos pensées et croyances. Tant Husserl, Heidegger que Patoĉka ou Arendt ont tenté en vain de nous mettre en garde contre ce nihilisme qui néantise l’homme et le mène inexorablement à sa perte, un nihilisme crypté et plus que jamais masqué par le soi-disant progrès de nos sociétés modernes et la recherche illusoire de « bien-être » qui, faut-il le préciser, s’est définitivement détournée de l’Être.

Dans son dernier livre, “Die krisis der Europäischen wissenshaften und die transzendentale phaenomenologie“[3] écrit en 1935, Husserl dénonce les dérives scientifiques dont témoignent le positivisme et l’objectivisme qui réduisent la nature et l’homme à des formules donnant l’illusion que ceux-ci sont régis par des lois universelles, faisant fi de tout vécu subjectif. Il critique le fossé qui se creuse inévitablement entre la recherche scientifique et une approche métaphysique, ce qui sous-tend une crise des valeurs humaines. Il put aussi ressentir, anticiper le drame humain engendré par la politique allemande qui, selon Arendt, provoqua un séisme. « Quelque chose s’est produit là que nous ne pourrons jamais dépasser. »[4]

 

Heidegger n’aura de cesse qu’il n’ait ouvert les consciences sur le danger d’une technologie toute puissante qui affaiblit, voire torpille, à ce point la pensée de l’homme qu’il ne se rend plus compte combien il s’est enfermé dans un monde calculable et manipulateur qui l’éloigne de l’essentiel à savoir que “« le Dasein est un étant qui ne se borne pas à apparaître au sein de l’étant. Pour cet étant, il y va en son être de cet être »”[5] Ne nous méprenons pas. Il ne s’agit pas d’une critique ontique visant un quelconque appareillage technologique mais bien plutôt ontologique touchant l’essence même de la technique comprise comme “une production, poihsiV,... comme un dévoilement,… qui dans la technique moderne devient provocation…, arraisonnement (Gestell) provoquant.”[6] Dans la mesure où tout est frappé d’une logique scientifique, le plus grand danger de cet arraisonnement est que l’homme « puisse être refusé de revenir à un dévoilement plus originel et d’entendre ainsi l’appel d’une vérité initiale.”[7] En nous considérant comme les maîtres du monde asservissant la nature à nos besoins démesurés, en usant et abusant de la technologie pour arriver à nos fins, nous appauvrissons la terre tout en nous éloignant de la possibilité de dévoiler notre propre essence.

 

Prolongeant Heidegger, Patočka[8] souligne que la science inféodée à la puissance de la rationalité nous impose une compréhension du monde qui se réduit à un arsenal de choses-outils et associe sortie de crise à des innovations technologiques de plus en plus sophistiquée. La racine du mal n’est pas sociale ou politique mais civilisationnelle. Notre civilisation s’est détournée du lien essentiel de l’homme à l’Être, à la transcendance au risque de perdre son âme comprise par le philosophe comme le lieu de l’éthique, d’une sollicitude pour le monde et la vérité. Patočka lui donne le nom de super-civilisation qui conduit inexorablement à “l’objectivation, l’automatisation et la rationalisation de la société » et, ce, parce que, pour la première fois, cette rupture idéologique survenue en Occident s’est propagée urbi et orbi. Une nouvelle forme de totalitarisme. Ce qui dirige aujourd’hui le monde est une volonté exponentielle de puissance et de maîtrise qui entraîne une exploitation éhontée de la nature réduisant tout étant à une marchandise, y compris l’homme tombé dans le piège d’un consumérisme aliénant. Notre manière d’aborder les choses de ce monde a totalement perverti notre compréhension première en tant qu’ « Unité » comprise par le penseur tchèque comme une ouverture qui transcende les parties en une unité nouvelle, ouverture qu’il distingue de l’entité actuelle fermée sur elle-même, compacte, simple agrégat de ses parties obturant l’ouverture.

 

Plus que jamais, le confort matériel identifié comme garant de “bien-être” devient le centre de toutes nos préoccupations renvoyant tout questionnement spirituel touchant l’Être et notre essence à la sphère personnelle, voire plus radicalement à des allégations fantaisistes «  dont l’homme pourrait avoir besoin mais qui ne peuvent en aucune manière devenir philosophiques. »[9].

 

Comment pouvons-nous imaginer l’avenir de la Daseinsanalyse en ces temps de désolation ?

La Daseinsanalyse n’est pas simplement un courant thérapeutique parmi d’autres. Elle exige tant de vous que de ses pionniers – Binswanger, Boss, Condrau – une étrange et paradoxale sensation de manque au coeur même du savoir, du bagage académique. L’outillage scientifique, pourtant prometteur, semble de plus en plus impuissant à traiter les questions et souffrances existentielles. Non seulement le patient mais aussi le clinicien sont en recherche, en attente d’un « je ne sais quoi » signifiant non encore signifiable. Binswanger le découvre en lisant “ Être et Temps”. La rencontre événementielle de Heidegger éclaire le chemin de Boss qui dans la quarantaine ressent le besoin d’habiter une autre culture, un autre mode d’être-au-monde en acceptant une mission en Inde.

La réponse d’un astronome à l’une de ses questions lui rappelle combien Jung et Freud avaient adhéré à la thèse d’Héraclite à savoir « épouser les opposés. » Ce voyage spirituel lui semblait fondamental parce qu’ “il lui importait avant tout d’affermir les bases spirituelles de sa psychologie et médecine, d’approfondir et de fonder solidement sa connaissance de l’homme, de découvrir des idées meilleures et plus justes sur ce qu’est l’homme par nature et par destination. Une telle quête est essentiellement philosophique.”[10]

 

Depuis Platon et Aristote, le principe de non-contradiction appauvrit la pensée occidentale. Nous sommes de plus en plus aveuglés par la suprématie d’un logoV - ratio dénaturé laissant pour compte le muqoV[11] devenu ringard. Toute fantaisie, créativité, ouverture est exclue des recherches. Tout doit être validé au sein d’un cadre scientifique et dès lors réifié comme un objet mathématique susceptible d’être décodé et compris dans un diagramme statistique. Notre capacité de nous ouvrir aux étants au jour d’un “saut dans l’Être”[12] s’émousse inévitablement. Les conséquences de ce clivage sont dramatiques et la difficulté de l’homme à s’ouvrir à son fondement n’est pas des moindres. Nous perdons peu à peu le contact avec l’essence des choses, y compris la nôtre. N’y déroge pas plus notre relation à la science dont l’essence est de se maintenir dans le questionnable. “C’est dans le questionnement que repose l’avancée remarquable qui dit oui à ce qui n’est pas encore maîtrisé et à l’ouverture d’horizons à méditer, non encore explorés. Ce qui est ici en jeu est un dépassement de soi vers quelque chose au-delà de nous-mêmes.”[13] Dès lors, la science ne peut être dissociée de la philosophie qui toutes deux questionnent sans cesse et à nouveaux frais l’étantité. Lorsque la chose à sonder est l’être humain – tel est le cas de la psychothérapie – l’attitude à adopter est plus que jamais celle de l’humilité qui permet de « séjourner au sein de la donation » sans pour autant la contaminer de son ego.

 

Séjourner, Habiter relève de l’essence même de la psychothérapie. Encore faut-il le comprendre ? “Habiter, être mis en sûreté, veut dire : rester enclos (eingefriedet) dans ce qui nous est parent (in das Frye), c’est-à-dire dans ce qui est libre (in das Freie) et qui ménage toute chose dans son être.”[14] L’Habiter qui sous-tend être-le-là, l’ouverture à l’Ouvert, permet à l’homme de s’intoner à sa propre ouverture originaire qui déploie le au-monde de la spatialité lui étant propre et le met en contact avec le quadriparti.

Certes, comprendre ce que Heidegger nous invite à méditer n’est pas des plus aisé et, à fortiori, de le considérer comme fondamental pour un clinicien. En effet, en habitant le monde, l’homme prend conscience qu’il l’habite comme un « mortel » sur « terre » tout en abritant une présence “divine” sous la voûte « céleste ». Un quadriparti qui forme une unité, quatre éléments – homme – terre – dieux – ciel – qui résonnent à n’en faire qu’un. Au-delà du principe de non-contradiction, prolongeant la pensée orientale d’harmonisation, nous pouvons, en habitant le monde, devenir le tenseur de cet entre fondatif où co-habitent les mortels, la terre, les dieux et le ciel, fondatif dans la mesure où ce lieu est celui où l’homme peut advenir à lui-même.

 

Cela semble pour la plupart d’entre vous et tout spécialement pour les scientifiques acharnés, sinon abstrait, voire abscond, tout du moins purement théorique, à la limite du compréhensible ! Néanmoins, il suffit de l’expérimenter – comme le fit Boss en Inde – pour que l’hermétique s’éclaire d’évidence.

 

C’est sur le chemin en tant que co-cheminants que Boss put Rencontrer un maître hindou. Ils marchèrent ensemble vers un monastère retiré dans la campagne, voué au culte de Dourga, déesse de la destruction. C’est là qu’il séjourna dans l’aura de sa présence et sagesse. “Quand quelqu’un veut vraiment aider judicieusement ses semblables, les guérir à fond, il lui faut évidemment avant tout tirer au clair ce qu’est l’homme dans sa véritable essence, comment il est, pourquoi il existe.”[15] Durant son voyage, il séjourna aussi dans une grotte en présence/absence d’un ermite. Chacune de ces expériences transforma l’espace et le temps en un orismoV, un horizon spécifique où l’homme éprouve le lieu trinitaire dynamique et fragile du « Da », horizon qui n’en est plus un mais devenu « libre étendue ». Gelassenheit. Détachement, lâcher-prise.

 

 

 

En août dernier, j’ai proposé à un jeune patient de 22 ans un voyage au Népal dans l’espoir de créer une fissure dans la forteresse de ses représentations mentales perverties par un mode de vie sans limites, ni matérielles, ni existentielles. La visite du temple hindou Pashupatinah, un lieu surréaliste, véritable concrétisation du quadriparti, exauça mes vœux au-delà de toute espérance.

 

L’événement était à la mesure de la fissure, à la mesure de ce à quoi il nous convoqua : une cérémonie complète de crémation.

 

Se trouver ainsi face à la mort, à la souffrance de la famille et des proches, participer malgré lui, malgré eux, aux rites funéraires, si différents des nôtres ne pouvait nous laisser indifférents. Prendre ainsi toute la mesure de la différence entre un documentaire à la télévision, un texte décrivant la scène et y être en chair et en os.

 

Emergence imperceptible du sacré qui nous impose le recueillement, le silence et... une intranquillité. Pouvions-nous y être, nous maintenir dans leur intimité ?

 

 

 

Il était là, au bord de l'eau, couché sur une pierre, enveloppé d'un linceul chamarré, les pieds nus. Des fleurs, des guirlandes de fleurs, de l'eau. Soudain, des proches, la famille. Des femmes criant, titubant, pleurant. Un homme lui lave les pieds, l'asperge d'eau puis se retire et... s'effondre.

 

Ce premier rite accompli, la dépouille est portée sur une civière de l'autre côté du pont où un bucher l’attend. Le préposé allume le visage... De paille et de bois se fasconne un sarcophage de fortune qui le protège du regard des hommes. Un rideau de fumée épaisse et blanche bientôt l’enveloppe. Il n’en devient que plus présent qu’il disparaît.

 

Je ne connais ni ton nom, ni ton visage, ne sais rien de toi mais... je t'ai accompagné dans ton dernier voyage comme jamais encore je ne l’avais vécu.

 

N’est-ce pas en ces moments inattendus que le réel se donne ouvrant l’homme à la brèche de l’humanité dont il est le garant?

 

Un rite de passage, nous pouvons le nommer ainsi. Mais de quel passage s'agit-il ? A priori, de la vie vers la mort. A y être, à méditer l'expérience, un autre passage plus subtil se révèle, celui du mort vers le néant, celui d’une présence trompeuse – la dépouille – vers une absence – les cendres éparpillées dans le fleuve – dévoilant le lien, ce qui demeure,.

 

Plus le ne-plus-être-Là du défunt est saisi de manière phénoménalement adéquate, et plus clairement il apparaît qu’un tel être-avec avec le mort n’expérimente justement pas le véritable être-venu-à-la-fin du défunt. La mort certes se dévoile comme perte, mais plutôt comme une perte que les survivants éprouvent : dans cette épreuve, ne devient point comme telle accessible la perte d’être « éprouvée », « subie » par le mort lui-même. Nous n’expérimentons pas véritablement le mourir des autres, tout au plus les y « assistons »-nous

toujours et seulement.[16]

 

Aucun d’entre-nous ne peut connaître le mourir, voire même se le représenter. Néanmoins, bien qu’étrangers, nous avons pu partager, sinon le mourir de l’être-mort, tout du moins une “Stimmung” à nulle autre pareille qui a amorcé un découvrement-dévoilement essentiel, au-delà de celui de l’étant (Unverborgenheit), l’ouvertude de l’être-même de l’homme (Ershlossenheit) : Da-sein.

 

Au Népal, nous avons été confrontés à ce qui est pudiquement caché en nos contrées : la froideur inquiétante du sans-vie. Tout au long des rituels, la sensation prégnante de l’éphémère, de la fugacité, de la fragilité de ce que « veut dire être un homme » nous envahit non sans s’associer étrangement à une présence réconfortante d’humanité, d’être-ensemble dans le partage et le recueillement de « ce-qui-fut-sans-pour-autant-déjà-ne-plus-être ».

 

 

Nous avons éprouvé, surpris et troublés, le quadriparti, la résonance intime de la terre, des mortels, des dieux, du céleste qui révèle une jointure (Fuge) où absence et présence s’entrelacent au jour d’une sensation événementielle : le sacré.[17] Ce vécu inattendu nous convoque à un appel d’intelligibilité, à lui donner sens au jour d’une pensée.[18]

 

Que faut-il penser ? Précisément ce qui ne l’est que rarement, voire jamais car tombé dans l’oubli ou l’obsolète.

 

Il nous faut penser, méditer l’entrelacs de l’Être et de l’étant, l’Être lui-même en tant que transpropriation (Ereignis) et, in fine, non seulement que « le Dasein est un étant qui ne se borne pas à apparaître au sein de l’étant. Pour cet étant, il y va en son être de cet être »[19] mais aussi que ce cheminement fonde la Daseinsanalyse. Un cheminement – faut-il le préciser – n’est jamais théorique mais se vit, s’éprouve dans le corps et l’esprit.

 

Que faut-il penser ? Le penser lui-même. Une pensée authentique est contemplative laissant la chose se donner elle-même plutôt que s’enquérir de son utilité, du comment je peux l’exploiter.

 

Que faut-il penser ? La présence incontournable de la néantisation. Tout comme Aristote le précisait pour l’Être, le  « néant » connaît une plurivocité tout aussi complexe qu’il nous faut sonder. “Da-sein signifie : se trouver retenu à l’intérieur du néant. Se retenant à l’intérieur du néant, d’ores et déjà chaque Dasein émerge hors de l’étant dans son ensemble. Cette émergence hors de l’étant, nous l’appelons la transcendance. ”[20]

 

« Da-sein » nous invite à penser l’homme au-delà de la métaphysique et pensée occidentale classiques. Le Daseinsanalyste n’en finit pas au jour de sa pratique de questionner ce mode spécifique de « l’être-au-monde ». Prolongeant la pensée heideggérienne, à l’écoute des parcours de vie de mes patients, je comprends le “Da” comme un “entre” mis en tension par les présences/absences-donations inévitables de l’Être, de l’étant et du néant, harmonisé par la transcendance. Se maintenir dans cet “entre-trois existential” pour laisser émerger une harmonisation équilibrante n’est pas sans risque et dès lors pour le moins anxiogène. La première réaction est de s’en détourner pour se perdre dans la quotidienneté aliénante que Heidegger appelle « Verfallung”, déchéance dont les axes majeurs sont le bavardage, le divertissement, la curiosité, l’équivoque. L’angoisse est à son comble lorsque défaille la transcendance, cette sensation de pouvoir dépasser la facticité première, de ne pas être réduit à ses prédicats. L’homme n’est pas, il a à être au jour d’une intonation à l’Être.

 

 

 

Eviter cette “confrontation-méditative” obture la possibilité d’une perception-interprétative du monde comme dévoilement, fondement déterminant de la vérité. “Seul là où prévaut le dévoilement se donne le dicible, le visible, le montrable, le perceptible.”[21] Nous ne pouvons comprendre (Verstehen is immer gestimmt sein) le “au-monde” de notre “être-au-monde” si nous ne sommes pas intonés à cette ouverture trinitaire qu’est l’alhqeia. La première est le découvrement (Entdecktheit) de l’étant. Un étant ne nous apparaît compréhensible et utilisable que parce qu’il s’est découvert. « Manifestation ontique… qui ne se peut qu’au jour d’une découverte de soi-même intuitive et intonnée (Stimmungsmäßigen) au milieu des étants.”[22] Ce commerce quotidien avec les étants est notre première manière et souvent la seule que nous connaissons pour entrer en relation avec le monde. L’étape suivante est le dévoilement (Unverborgenheit) de l’Être. En effet, la vérité ontologique fonde l’ontique.

 

Le dévoilement de l’Être sous-tend une déclosion, une ouvertude (Erschlossenheit) du Dasein possibilisée, selon Heidegger, par l’affection, le comprendre et le parler (Befindlichkeit – Verstehen – Rede). Néanmoins, à ne pas oublier que “l’ouvert est soumis à la dissimulation et à la fermeture du bavardage, de la curiosité et de l’équivoque. L’être pour l’étant n’en est pas pour autant éteint, il est déraciné.”[23] Aussi longtemps que nous réduisons un étant à son “utilisabilité”, à notre propre horizon de besoins, nous ne sommes pas ouvert à l’essence même de cet étant et à l’Être. Être ouvert à l’Être, être passible de cette intonation à l’Être appartient à notre constitution la plus propre et implique un rapport spécifique à la spatialité. D’ “Être et Temps” à “L’origine d’une oeuvre d’art”, Heidegger repense l’espace de telle manière que l’outil n’y est plus compris comme un simple renvoi à une ustensibilité. L’utilité des choses – ce à quoi ils peuvent me servir – s’inscrivent désormais dans un horizon plus large de fiabilité (Verlaßlichkeit) qui dépasse la simple utilité pour entrer en relation avec l’inconnu. Heidegger donne le nom de “terre” à cette nouvelle perspective du monde, un pas vers la pensée de la radiance, une manière de se phénoménaliser sans fond, un mode d’apparaître affranchi de toute matérialité.

 

Tentons, au jour de ces prolégomènes, le saut[24] vers le troisième déploiement de la compréhension de l’alhqeia, plus fondamental mais aussi plus énigmatique, voire ésotérique : Lichtung, la clairière, l’Ouvert. Afin de l’introduire dignement, nous devrions pouvoir lire ensemble “la Fin de la philosophie et la tâche de la pensée”, un des derniers textes de Heidegger[25], des plus difficiles, certes, mais aussi fondatifs, une lecture comprise comme un co-cheminement de la pensée vers le penser. Pour en saisir la portée, un lâcher-prise “Gelassenheit” s’impose. Laisser être la chose, la laisser se donner, atteindre une forme de sérénité, de détachement, s’ouvrir au mystère qui a été ostracisé du monde de la technique. S’arracher de l’emprise d’une pensée calculante, spéculative et par trop rationnelle. Est-il seulement possible de saisir, d’effleurer le sens de la Lichtung sans éprouver au préalable l’ouvertude (Ershlossenheit), à comprendre comme une ouverture de l’homme à l’Être?

 

Le cheminement heideggérien questionne principalement l’Être et la pensée, cheminement qui sonde tout horizon d’intelligibilité. Ce qu’il tente de dévoiler est ce lieu où la pensée peut penser l’Être, un passage d’une pensée spéculative vers la voie de la pensée. Ce lieu qui ne peut être appréhendé comme géographique est vécu comme “une ouverture qui seul rend possible à quoi que ce soit d’être donné à voir et de pouvoir être montré : die Lichtung ».”[26]

Lichtung, clairière : rien à voir avec la Licht, la lumière bien que « la lumière puisse visiter la Lichtung, la clairière en ce qu’elle a d’ouvert, et laisser jouer en elle le clair avec l’obscur. Mais ce n’est jamais la lumière qui d’abord crée l’Ouvert de la Lichtung. L’Ouvert, cependant, n’est pas libre seulement pour la lumière et l’ombre, mais tout aussi bien pour la voix qui retentit et dont l’écho va se perdant, comme pour tout ce qui sonne et résonne et dont le son s’en va mourrant. La Lichtung est clairière pour la présence et pour l’absence.”[27] Pourrions-nous avancer que ce lieu relève d’un espace méditatif et en appelle à un homme méditant ? Un lieu « entre-deux » où le dévoilement devient possible. “La clairière de l’Ouvert procure avant tout la possibilité du chemin vers l’état de présence dont elle amène à lui-même le règne... Cet espace silencieux, serein qu’est la Lichtung, clairière de l’Ouvert, tel est l’asile au sein duquel trouve son site l’accord de l’être et de la pensée, autrement dit de la présence et de son accueil.”[28]

 

Ce que je tente de souligner est que le chemin de pensée de Heidegger, au-delà de son œuvre majeure « Être et Temps », médite d’une manière à ce point fondative et innovante le au-monde propre à l’homme que le clinicien initié ressent s’opérer en lui une véritable « conversion du regard »[29] qui métamorphose le fond même de sa compréhension de la médecine et/ou de la psychothérapie. Devenir Daseinsanalyste n’implique pas simplement une formation – bien qu’elle soit longue et exigeante – qui fournirait de nouveaux outils et concepts aux bases théoriques (médecine, psychologie) mais sous-tend cette conversion du regard, de la pensée qui témoigne d’une ouvertude.

 

Lorsque Médard Boss écrit : “En se référant à la Daseinsanalytik de Heidegger, habiter renvoie à la manière-d’habiter-le-monde propre à l’existant qui se différencie totalement de celle de l’objet, de toute présence simplement matérielle. Il s’agit plutôt d’une attitude ek-statique conforme à l’homme, exister dans l’Ouvert de l’éclaircie.”[30], c’est bien plus qu’une simple assertion ; il nous transmet une des étapes fondamentales qui le mène à comprendre que toute maladie physique fragilise l’être-au-monde du patient et que “ les explications habituelles somato et psychopathologiques des sciences médicales ne peuvent pas comprendre ou intégrer l’existence humaine comme le domaine de l’Ouvert.»”[31] La rencontre d’Heidegger ou son séjour en Inde a bouleversé la vie de Médard Boss, sa manière de penser, de travailler et de comprendre. Ces événements existentiaux sont bien évidemment décisifs pour ceux qui désirent incarner la Daseinsanalyse.

 

Ce cheminement a-t-il pu laisser transparaître que la Daseinsanalyse, en tant que psychothérapie, attend du clinicien qu’il éprouve en pleine conscience la vie, qu’il la médite en cheminant continuellement alhqeia en tant que dévoilement ?

 

Un dévoilement qui l’ouvre à l’entrelacs de la mienneté (Jemeinigkeit) et du vivre-ensemble, du silence et du dialogue[32], de la sensation de constitution de sens et d’epoch[33], d’ombre et de lumière. Le Daseinsanalyste ne peut imiter quelqu’un, s’identifier à, devenir Bossien, Binswangérien,… A lui, en personne, d’ouvrir un horizon thérapeutique singulier, historial et dynamique qui favorise rencontre, partage et transpassibilité.[34] Aujourd’hui, 35 ans après ma première lecture d’Être et Temps, ma pratique clinique interroge cet entre-trois existential de l’Être – l’étant – le Néant potentialisé par la transcendance.[35] La transcendance est notre capacité d’aller au-delà des prédicats qui sont nôtres et qui nous substantialisent pour saisir que nous nous ne sommes pas mais que nous avons à être.[36] La transcendance nous arrache de la quotidienneté pour nous jeter dans l’inconnu, dans l’Ouvert, dans ce « où » qui transpossibilise (Ermöglichung). Grace à la transcendance qui sous-tend la résonance du quadriparti, le Dasein harmonise l'entre-trois existential et habite le « Da ». Perdre cette possibilité d’équilibrer ces trois instances fondamentales altère le au-monde entrainant un enfermement de l’homme par exemple dans la vénalité lorsqu’il n’investit que l’étant, dans le mysticisme s’il s’extasie dans l’Être ou dans la dépression ou le nihilisme s’il se sent submergé par le Néant.

 

Je comprends aujourd’hui ma pratique de Daseinsanalyste comme l’ouverture d’un espace apertural où le patient puisse rééquilibrer au sein de sa vie les présences entrelacées de l’Être, de l’étant et du Néant, cet équilibrage qui s’apparente au « souci » essentiel de l’homme. La question dialogale instaure une possibilité de rencontre et par là-même réinsuffle chez le patient le mode de l’être-avec, de l’être-ensemble qui s’était perdu dans la communication banale. Le questionneur n’est en quête d’aucune information. Au contraire, la question questionne le questionné lui-même.

Questionneur et questionné s’inaugurent d’une même présence au jour de laquelle se donne la question. Ce jeu intime et complice de questions et de réponses abrite et favorise le silence, l’ouverture, l’écoute, la compréhension, l’intonation.

Le dialogue en tant que témoin d’un être-ensemble participe de l’ouvertude, Erschlossenheit, du Dasein “ qui est l’appellation ontologique de l’être de « l’être-le-là » éclairé et ouvert de l’intérieur… une ouverture fondamentale. »[37]

 

L’impact de la pensée heideggérienne sur la psychothérapie, du moins pour ceux qui l’ont méditée et approfondie, est insoupçonnée. En ces temps de dérive, de « Weltverdüsterung, fuite des dieux, destruction de la terre, massification des hommes, prééminence du médiocre »[38], le questionnement heideggérien de l’Être est d’autant plus important que l’humanité est livrée aux leurres de l’étant.

 

Il est nécessaire de nous confronter aux deux versants de la pensée moderne – l’une, l’expérience concrète ressentie, prélogique, antéprédicative ; l’autre, suivant les exigences empiriques de la science, pragmatique, positiviste, logique – sans nécessairement les opposer mais en essayant de les harmoniser au cœur de cet « entre-trois existential » susmentionné.

 

Eprouver que « Da-sein » en tant qu’être-au-monde n’est pas un pur concept, un slogan ou une formule, tel est le but avoué de cet article. Comment pouvoir ressentir, sans méditer, que l’espace[39] spatialise et ouvre un champ d’accueil aux corps[40], que la limite n’est pas seulement un contour ou un cadre, pas simplement une frontière où se termine quelque chose ? La limite est aussi ce lieu à partir duquel peut se donner dans sa plénitude l’essence même de ce qu’il y a à donner : une venue en présence de la présence. La limite illimite la donation des choses dans le monde. [41] Si vous comprenez la limite comme une “fin”, vous n’ouvrez pas les mêmes possibilités que si vous la comprenez comme un lieu d’ouverture. Cette manière énigmatique d’entrer en relation avec le monde, avec l’espace, la « terre », une sculpture vous permet de saisir une forme de proximité[42] ou d’intimité au cœur de l’étrangeté (Unheimlichkeit) ; le corps ne se réduit plus à une série d’organes mais déploie une corporalité (Leiblichkeit) ; une rencontre semble possible là où ne s’élaboraient que diagnostic, traitement pré-formaté et recherches statistiques.

Tout comme Heidegger, nous n’espérons pas que chaque thérapeute devienne philosophe mais qu’il puisse tout du moins méditer son bagage scientifique de telle façon qu’il ne réduise plus l’homme « à une construction technique apparentée à une machine,»[43] mais se sente plutôt « responsable de ce qu’il n’a pas encore ouvert. »[44]

 

 

© Dr. Ado HUYGENS

Président de la Fédération Internationale de Daseinsanalyse

 

 

 

 

 

 

 



[1] : Conferatur Le dictionnaire Martin Heidegger de Fédier, Cerf, 2013, p.44-50

[2] : Alfred DENKER, Historical Dictionary of Heidegger’s philosophy, Scarecrow Press, 2000

[3] : La crise des sciences européennes et la phénoménologie transcendantale, Gallimard

[4] : Hannah ARENDT, Essays in Understanding 1930-1954, Kindle.

[5] : Martin HEIDEGGER, Être et Temps, 1927, Authentica, Traduction privée de Emmanuel Martineau, 1985, p.31 (12)

[6] : Martin HEIDEGGER, La question de la technique, 1954, in « Essais et Conférences », Gallimard, 1992, p. 17, 38 and 31.

[7] : Ibidem, p.38

[8] : J. PATOČKA, Heretical essays in the philosophy of History, Chicago and La Salle, Illinois, Open Court, 1996.

[9] : Martin HEIDEGGER, Modern Science, Metaphysics, and mathematics, 1962 in Basic Writings, Harper Perennial, 2008, p.272

[10] : Medard BOSS, Un psychiatre en Inde, Fayard, 1971, p. 113

[11] : “Mythos and logos become separated and opposed only at the point where neither mythos nor logos can keep to its pristine essence… “ Martin Heidegger, What calls for thinking ?, in Basic Writings, Harper Perennial, 2008, p. 374 Le muqoV et le logoV ne se séparent et ne s’opposent qu’au moment où tant le premier que le second ne se maintiennent plus dans leur essence originaire. »

[12] : Martin HEIDEGGER, Contributions to Philosophy (Of the Event), §3. Of the Event p.9 « The leap into beying. The leap leaps into the abyss of the fissure and so for the first time attains the necessity of grounding Da-sein, which is assigned out of beyng”. §115. The disposition guiding the leap.p. 179 The leap expects nothing immediate from beings. It leaps into the belonging to beyng in the full essential occurrence of beyng as event. Le saut dans l’Être. Le saut saute au cœur de l’abysse de la fissure et implique ainsi pour la première fois la nécessité de fonder Da-sein qui est affectée à l’Être. Le saut n’attend rien de la part de l’étant. Il saute dans son appartenance à l’Être en tant que présence essentielle de l’Être comprise comme évènement.

[13] : Ibidem, p. 7

[14] : Martin HEIDEGGER, Bâtir, Habiter, Penser, 1951, in “Essais et Conférences”, Op.Cit, p. 176

[15] : Medard BOSS, Op.cit., p. 136

[16] : Martin HEIDEGGER, Being and Time, Op.Cit., p. ? ( 239)

[17] : Conferatur Daniel O. DAHLSTROM, The Heidegger Dictionary, 19, 2013, Bloomsbury Ed., Kindle, - Fit ( Fuge)

[18] : Conferatur Martin HEIDEGGER, Que veut dire penser? in Essai et Conférences, Op.Cit., p.151-169 : « « Ce qu’il faut penser » se détourne de l’homme : il se dérobe à lui, se retenant et se réservant » p.158

[19] : Martin HEIDEGGER, Être et Temps, Op.Cit., p. 31 (12)

[20] : Martin HEIDEGGER, Qu’est-ce la métaphysique?, 1929, Nathan, 1981, p.53

[21] : Mark. A. WRATHALL, Heidegger and Unconcealment : Truth, Language, and History, Cambridge, 2011 p. 7

[22] : Martin HEIDEGGER, Pathmarks, McNeill Ed, Cambridge University Press, 1998, p. 131

[23] : Martin HEIDEGGER, Être et Temps, Op.Cit., p. 179 (221)

[24] : Le saut” : Martin HEIDEGGER, Contributions to Philosophy (Of the Event), §115. The disposition guiding the leap.p. 179 The leap expects nothing immediate from beings. It leaps into the belonging to beyng in the full essential occurrence of beyng as event. Le saut n’attend rien de la part de l’étant. Il saute dans son appartenance à l’Être en tant que présence essentielle de l’Être comprise comme évènement.

[25] : Martin HEIDEGGER, “La Fin de la philosophie et la tâche de la pensée”,1968 in Questions IV, Gallimard, 1990, p. 281-306

[26] : Ibidem, p.294

[27] : Ibid., p.295

[28] : Ibid, p. 299 traduction modifiée

[29]: La “conversion du regard” est selon Husserl un des principes des principes de la phénoménologie.

[30] : Medard BOSS, Existential foundations of medicine & psychology , 1974 Jason Aronson Ed., 1994 p.130

[31] : Ibidem, p. 198

[32] : Heinrich ROMBACH, Uber Ursprung und Wesen der Frage“, Verlag Karl Alber, Freiburg – München, 1988, p.162-167

[33] : « A la place de la tentative cartésienne du doute universel, nous pourrions introduire l’universel de l’epoch, épochè au sens nouveau et rigoureusement déterminé que nous lui avons donné. Ce que nous mettons hors de jeu, c’est la thèse générale qui tient à l’essence de l’attitude naturelle, tout ce monde naturel qui est constamment « là pour nous », « présent », et ne cesse d’être là à titre de réalité pour la conscience, lors même qu’il nous plaît de le mettre entre parenthèses. » Edmund HUSSERL, Ideas I, Idées directrices pour une phénoménologie, 1913, Gallimard, 1985, §32, L’épochè phénoménologique p.101-102

[34] : Transpassible : être passible de l’imprévisible, transpassibilité: concept clef d’Henri MALDINEY, Cfr Penser l’homme et la folie, Millon, 1991. P.361-425: «  L’ouverture à l’originaire, la réceptivité accueillante à l’événement, incluse dans la transformation de l’existant, constitue sa transpassibilité. »p.424

[35] : “ Transcendence as being in itself is the difference from beings ! Transcendence is not a property of the subject and of its relationship to an object as world, but the relationschip to being, thus of Da-sein in its relationship to being.” Martin HEIDEGGER, Zollikon Seminars, 1987, Northwestern University Press, 2001, p. 193 (241), “ La transcendance en tant qu’être est en soi la différence par rapport à l’étant. Transcendance, non pas caractère du sujet et relation à l’objet en tant que « monde », amis être – en tant que relation à l’être et par conséquent relation du Dasein à soi-même. » traduction Caroline Gros, Séminaires de Zurich, Gallimard, 2010, p.265 (241)

[36] : Henri MALDINEY : “ L’existence est rare. Nous sommes constamment mais nous existons parfois lorsqu’un évènement nous transforme ». Exergue du livre d’Ado Huygens : «  Penser l’existence, exister la pensée », Encre Marine, 2008

[37] : Alfred DENKER, Op.Cit., p.81

[38] : Jacques DERRIDA, De l’esprit, Heidegger et la question, 1987, Galilée, p.73

[39] : “ Je marche en prenant espace. L’humain a espacé l’espace. L’animal n’a pas l’expérience de l’espace en tant qu’espace. ” Martin HEIDEGGER, Séminaire de Zurich, Op.cit., p.47 (19)

[40] : “ Le Dasein n’est pas spatial parce qu’il est corporel, au contraire : la corporéité n’est possible que parce que le Da-sein est spatial au sens où il fait espace.” Ibidem, p. 132 (105)

[41] : Martin HEIDEGGER in « Heiddeger among the sculptors, Body, Space and the Art of Dwelling », Andrew J. MITCHELL, Standford University Press, 2010 - Kindle or Remarques sur Art – Sculpture – Espace”, Rivage Poche, 2007, p.19

[42] : I measure the distance between two bodies, not the depth opened up in each case by my being-in-the-world.” Martin HEIDEGGER, Zollikon Seminars, Op.Cit., p.82( 107) « Je peux mesurer la distance entre deux corps physiques mais non pas la profondeur qui s’espace et se fait espace chaque fois avec mon être-au-monde. » Traduction Caroline Gros, Op.Cit., p. 134

 

[43] : Ibidem, p. 135(178)

[44] : Henri MALDINEY in La rencontre existe le fond, dialogue avec Henri Maldiney, Ado HUYGENS, Collection l’art du comprendre, 2002, ouvrage collectif, Henri Maldiney, une phénoménologie à l’impossible, p. 35




3.6.b : (IN ENGLISH)"INTIMACY AND OPENNESS", A PECULIAR UNDERSTANDING OF DA-SEIN THROUGH THE INTERTWINING OF HEIDEGGER’S PATH OF THINKING AND A LIFE’S EVENT AS MEDARD BOSS'S JOURNEY IN INDIA.

3.6.c : (IN GERMAN) „INTIMITÄT UND OFFENHEIT", EIN BESONDERES VERSTÄNDNIS DES DA-SEINS ANHAND DER VER¬FLECH¬TUNG VON HEIDEGGERS GEDANKENWELT UND EINES LEBENSEREIGNISSES WIE DIE INDIEN-REISE VON MEDARD BOSS.