3.5. : Ontokinesthese du mélancolique ou le corps en deréliction en recherche de presence. Dr. ado Huygens  -  Conférence donnée a Paris 1998 au congrès international de somatanalyse.

 

Introduction

 

Nous sommes un dimanche au début  d'octobre. Je commence à relire les textes de la mélancolie et me promène le long d'un lac en pleine forêt. Les couleurs sont ceux de l'automne et son odeur est ravivée par le soleil et sa douceur. Les feuilles tombent, jaunies, ci et là, et pourfendent le grand calme de l'atmosphère, pourtant déjà chargé de la mort. C'est le silence d'un funérarium, c'est le lieu privilégié de la mélancolie car , je cite  Munier,

" la mélancolie sait le monde périssable et l'aborde selon cette dimension ici et maintenant." [1]

 

C'est à ce moment que j'écris dans mon petit calepin : " Je suis mieux seul qu'avec un autre absent car la solitude ne pourra jamais me conduire aussi profondément dans l'abîme que cette sensation de non-présence dans la présence de l'autre, que ce " le là" en déperdition de lui-même. La mélancolie, serait-ce cette intuition de l'illusion de la présence qui conduit à la perte de tout mouvement. Les orbes de l'horizontalité du lac reflètent le miroir dans lequel je pourrais m'évanouir. Le mélancolique se réfugie dans le fond sans-fond, l'hystérique dans les cîmes sans hauteur. C'est pourquoi la mélancolie fuit l'étendue au risque de s'y perdre à jamais tout comme Louis II de Bavière. Il écoute le rien qui envahit sa vie car le rien est la seule chose qui le rassure ou tout du moins la force que respire la faille de sa déchirure. L'horizontalité absorbe le mélancolique dans sa platitude, la verticalité le tient en vie..."

 

C'est ainsi que je commence ce long parcours qui me mène à vous aujourd'hui. Maintenant , je vais lire, écouter, observer, sentir la mélancolie tout autour de moi et créer ce nouveau texte qui m'exorcisera, pour un moment encore, de

 

" Dans les caveaux d'insondable tristesse

Où le destin m'a déjà relégué ;

Où jamais n'entre un rayon rose et gai ;

Où, seul avec la nuit, maussade hôtesse,

 

 

Je suis comme un peintre qu'un Dieu moqueur

Condamne à peindre, hélàs ! sur le ténèbres ;

Où, cuisinier aux appétits funèbres ,

Je fais bouillir et je mange mon coeur ,

 

Par instants brille,et s'allonge, et s'étale

Un spectre fait de grâce et de splendeur

A sa rêveuse allure orientale,

 

Quand il atteint sa totale grandeur,

Je reconnais ma belle visiteuse :

C'est elle ! noire et pourtant lumineuse. [2]

 

2. Stimmung

 

Comme c'est étrange, ma première écriture s'inscrit dans une forêt d'automne, ma deuxième, celle-ci, est ponctuée par mon regard qui se lève de ma table de travail et se perd dans l'étendue de la mer du Nord. Deux lieux qui illustrent  si bien l'atmosphère, cette Stimmung mélancolique.

 

Or c'est précisément cette Stimmung qui, tel un diapason, donne la profondeur de la résonance du mélancolique.

 

En effet, la Stimmung est, dixit  Virgile, les " Lacrimae Rerum ",  les larmes des choses.  C'est ce qui n'est pas dit, pas concret, non pas perceptible mais aperceptible  et qui donne à l'espace sa possibilité d’être passible de, qui permet l'apprésentation et/ ou, nous dit Heidegger, ce qui permet " à une chose, un lieu, une expression d'autrui de devenir organe de notre communication totale avec le monde et, partant, avec notre propre "fait" d'exister."[3]

 

Je ne peux que vous citer de longs passages de cet article de Michèle Gennart et des citations de Heidegger pour partager ma sensation diffuse mais profonde que  pouvoir percevoir la Stimmung, enrichit ma pratique psycho - somatothérapeutique  de son essentiel :  la possibilité de l' einfuhlung, d'être-là un, le même et à la fois différent - dans-le-monde avec l'autre.

 

Ce que nous indiquons ontologiquement sous le titre d'affection est la chose du monde la mieux connue et la plus quotidienne ontiquement: c'est la Stimmung, le fait d'être disposé...L'affection - la Stimmung- ouvre le Dasein en son être-jeté, et cela de prime abord et le plus souvent selon la guise d'un détournement qui l'esquive. La Stimmung assaille. Elle ne vient ni de l'extérieur, ni de l'intérieur, mais en tant que guise de l'être-au-monde, elle monte de celui-ci même...

La Stimmung a à chaque fois déjà ouvert l'être-au-monde en tant que totalité et c'est elle qui permet pour la première fois de se tourner vers. L'affection -la Stimmung- est un mode existential fondamental où le Dasein est son là.

 

La Stimmung n'a pas seulement  une signification fondamentale pour la philosophie ; elle l'a d'abord pour notre existence à tous, où sa puissance disposante et déterminante oeuvre à la façon d'une archè, arch,  c'est à dire  " ce à partir de quoi" ou plutôt en se basant sur le verbe arcein : ce qui ne cesse de dominer...

 

Il n'est pas du tout essentiel que la Stimmung soit vécue, au contraire, -le vécu désigne la transposition ou l'intégration dans le sujet d'un comportement intentionnel et en prise sur le monde- ce sont précisément ces dispositions affectives, ces Stimmung, auxquelles nous ne prêtons nullement attention qui sont les plus puissantes... La Stimmung relève du se-sentir, il est un mode de l'être-là, du Dasein...

 

L'homme devenu triste se ferme, il devient inaccessible sans pour autant manifester la moindre dureté à notre égard. Que signifie qu'ainsi disposé, il soit inaccessible ? La façon dont nous pouvons être avec lui et dont lui est avec nous est autre. C'est cette tristesse qui constitue le comment  (à la façon duquel nous sommes ensemble). Il nous fait entrer dans la façon dont il est, sans que nous devions être tristes. L'être-l'un-avec-l'autre, notre être-là est autre. Il a changé de ton... Cette disposition n'est pas un étant qui survient dans l'âme à titre de vécu; elle est bien plutôt le comment de notre-là l'un avec l'autre...

 

Une Stimmung est un air, pas seulement une forme ou un mode, mais un air au sens d'une mélodie, qui ne plane pas au-dessus de l'être -présent prétendument véritable de l'homme mais qui donne le ton de cet être...pour être à même de le rencontrer, il est nécessaire d'accéder à une sensibilité plus fondamentale -la Befindlichkeit- sensibilité au fait d'être-là... l'être-disposé de la Befindlichkeit constitue existentialement l'ouverture au monde de l'être-là...La Stimmung est cette disposition à travers laquelle se rencontrent originairement l'être-là que nous sommes et l'être-là qu'est le monde lui-même...

 

Nous pourrions nous représenter cette communication pathique comme symbiotique. IL n'en n'est rien...Pour preuve, le sommeil qui est un desmos,  desmoV , une liaison, un singulier enchaînement de l'aisthésis, non seulement du sujet percevant mais de l'être entier, dans la mesure où celui-ci ne peut recevoir d'étant autre qu'il ne soit pas lui-même...

 

Celui à qui fait défaut cette possibilité d'absence -comme dans le sommeil ou le délire- laquelle constitue une certaine présence à soi et à ses liens d'appartenance transhistoriques, ne peut manquer de sombrer dans une précipitation effrénée qui s'absorbe dans les choses comme pour y trouver appui, mais qui est incapable de laisser retentir la rencontre, est abstreinte à trouver des objets toujours nouveaux...

 

La Stimmung est non seulement une façon d'habiter le monde, mais aussi de l'ouvrir ou de le révélèr. Si l'on se soucie de comprendre autrui, il importe dès lors de pouvoir résonner à sa Stimmung, et donc de s'éveiller au monde qui s'y révèle... Le problème pour le thérapeute est d'avoir, par einfühlung, la même expérience que le patient, de trouver un terrain de co-présence, de parvenir à prendre pied dans son monde tout en restant parti, de se mouvoir entre son recouvrement partiel et toujours mouvant des mondes singuliers, ou de leur communication, et non de leur précipation en un tout homogène.  [4]

 

3. Mélancolie : un rien en déchirure

 

Or, la Stimmung du mélancolique est " un rien en déchirure ".  Rencontrer un mélancolique, dans la mesure du possible, c'est rencontrer un objet, déjà perdu, en perte continuelle de lui-même.

 

Cet essai théorique sera étayé par les textes d'un de mes patients que nous appellerons Olivier. Olivier a 33 ans et en paraît la vingtaine. Artiste-peintre, il consulte pour insomnies, un symptôme qui cache une véritable symphonie de comportements pathiques : l'hyponcondrie, des états maniaques, des vertiges incessants, un narcissisme doublé d'une auto-dépréciation continuelle, des délires mégalo, des troubles obessionnels-compulsifs, une perversion sublimée dans une homosexualité  dont le chef d'orchestre  pourtant pourrait être la mélancolie.

 

" Je suis une merde et je ne peux imaginer qu'il m'aime puisqu'il ne peut aimer une merde... depuis ma plus tendre enfance, j'ai eu la peur de la mort, donc j'ai inconsciemment voulu rester un enfant, pour ne pas grandir, ne pas vieillir et donc ne pas mourir...j'ai eu en rêve l'image d'une femme mec et j'ai eu peur. Cette peur vient du fait que je me sens coupable de ne pas pouvoir exister pour le corps d'une femme. J'ai peur de  ne pas pouvoir lui faire l'amour car je ne me sens pas capable de mettre mes doigts dans son sexe et encore moins ma langue  ( Cà me dégoûte profondément et je me sens coupable et impuissant devant ce fait-là ) ...ma peur, est-ce un fait, la peur du sexe simplement, car chez mes parents, la maison était comme asexuée et mon copain a amené le sexe dans ma maison ( Depuis ont commencé ses insomnies) ... une fois, j'ai fait l'amour avec un garçon, j'ai dit à ma maman que j'ai été violé, donc je ne l'ai pas trahi physiquement, donc ma maman pouvait me pardonner, car avec ma maman, c'est comme si elle était ma maîtresse, car j'ai dû ressentir un inceste avec ma mère...quand mon père tapait ma mère, je me souviens très bien, c'est comme si je recevais les coups moi-même car j'étais en ma mère, je m'étais fondu en elle..."[5]

 

Le mélancolique, nous précise Hassoun, "a eu affaire à une mère qui n'a pas su l'accompagner dans son sevrage...le  sevrage suppose que la mère soit capable d'entendre que c'est elle qui perd le sein...l'enfant ne peut céder que ce qui s'est constitué comme perdu par l'autre… Le mélancolique est cet objet non séparé qui a manqué d'être...il est cet enfant abandonné trop tôt par une mère trop occupée à contempler sa propre image...le mélancolique serait donc celui auquel le défaut de reconnaissance de l'autre rend impossible ou aléatoire la formulation d'une demande, celui dont le désir reste énigmatique, et qui ne rencontrant que des fins de non-recevoir plus que des objections à son désir voit son rapport à l'objet atteint au point où le mélancolique se trouve figé dans un endeuillement sans fin, sans recours possible à l'angoisse , c'est-à-dire à ce qui pourrait susciter de l'objet" [6]

 

Olivier ne peut se construire car il se sent sans fondement. Il repose sur le vide de la fissure créée par une rupture incessante, cette rupture qui , nous dit Baudrillard, " a deux formes : l'une par l'éloignement, l'autre par excès de proximité. rupture de charge, rupture de charme. Une telle proximité, jour pour jour, tout au long des milliers de kilomètres du désert, peut devenir aussi insupportable qu'un crime. Et ce fut bien en effet quelque chose comme cà "[7]

 

Olivier l'écrit lui-même : " Tant que je n'aurai pas tué ma mère, je chercherai toujours quelqu'un  qui est à la fois protecteur et maternel comme ma maman " [8] ou du moins, le croit-il ? Car tel est bien son illusion tragique : l'amour maternel qui ne pourrait tromper l'inconscient. Il veut tuer cette mère qui n'a pu donner que la vie et non point l'élan vital par un manque de présence, c'est-à-dire entr'autres par manque d'une "distanciation juste".

 

4. L'élan Vital et "être-au-monde"

 

Or, je cite Binswanger, Chez Minkowski, le point de départ de son étude phénoménologique d'un cas de mélancolie, est la notion bergsonnienne encore très vague de l'élan vital qui oriente toute notre vie vers l'avenir. C'est de ce fait le problème du temps qui mène  à l'étude de la structure de la personnalité humaine. Il suffit que l'élan vital qui maintient tout l'édifice de la personnalité humaine commence à chancheler ou à vaciller pour que tout l'édifice devienne branlant. Ainsi la notion complexe du temps et de la vie se désagrège et libère la puissance du terrifiant chez le mélancolique."[9] 

 

Olivier ne  peut sentir que le "trop", le trop loin ou le trop proche.

Il souffre donc d'une souffrance existentiale qui se rapporte , dixit Digo, " au non-manifeste, au latent, le plus souvent inaperçu et qui, surtout possède un caractère fondamental, structural de l' Etre de l'existence humaine " [10]   

 

Sa Souffrance est dès lors celle, nous dit Binswanger, " d'être  être-au-monde " [11]

 

Nous pouvons bien le saisir dans le texte d'une de mes patientes : "Novembre, mois propice au deuil. La nature tout doucement s'endort, non sans fêter ses derniers feux, ses derniers flamboiements. Mais, au printemps, renaîtrons feuilles, herbes et fleurs et avec eux l'espoir.

Moi, je ne veux pas mourir car je ne renaîtrai pas ! Ce coup de couteau dans le ventre, ne le connaîtrai-je que par livre ou film interposé. Dois-je faire mon deuil de ce plaisir tant décrit ? Dois-je sombrer dans l'oubli ou l'anonymat ? Dois-je oublier mes rêves d'amour, de passion, de fusion ? Et cette détresse qui m'étrient, que dois-je en faire ? Mon ventre crie, mon corps se torture ...Qu'ai-je fais de ce corps qui ne répond pas ? Pourquoi, malgré tant de désirs, n'y a-t-il pas de chants dans mon corps ?  Dois-je tout oublier, m'anéantir pour que les autres puissent vivre ? La vie, ma vie doit-elle être cette plage où vient mourir une vague calme, sans secousse, sans vibrations ? Je ne veux plus de noir, porter du noir...Je voudrais hurler que je me noie et que l'on m'entende. je voudrais tuer la femme qui m'a mise au monde mais ne m'a pas donnée la VIE. "[12]

 

Malgré ce même désir de tuer la mère, ces deux textes sont différents et marquent la subtile différence entre certains états dépressifs et la mélancolie. Dans la dépression, il y a formulation des deux mondes - le monde intérieur et le monde extérieur - et de l'énorme précipice qui les sépare. Aucune symbolique ne leur paraît assez puissante pour construire un pont, ce qui entraîne la dépression, provoquée comme en météorologie, par une différence de pression. Le dépressif est généralement sinon en quête tout du moins dans la dépendance complète de l'amour et dans la fixation rigide d'une émotion : la tristesse. La mélancolie, quant à elle, comme le souligne Binswanger, "ne se laisse jamais comprendre à partir de l'émotionnel ou d'une stratification de la vie émotionnelle. Dans la mélancolie, l'essentiel est la dépotentialisation émotionnelle et intentionnelle. Le mélancolique vit une dépossession de la capacité de contact, d'intuition et d'amour." [13]

 

5. Intuition, Contact, Amour

 

C'est dire qu'en matière de troubles de l'humeur, il est important de se demander, comme le souligne Roland Kuhn, " dans quelle mesure une dysthymie naissant d'une prédisposition maniaque ou dépressive doit dans un cas concret être qualifiée de pathogénique, c'est-à-dire considérée comme la vraie raison de la maladie, et dans quelle mesure uniquement pathoplastique, c'est-à-dire comme responsable de la configuratioon symptomatologique d'une maladie d'une autre origine" 14

 

Ce diagnostic différentiel, subtil et difficile, peut bien sûr s'effectuer  en vérifiant l'action de substances chimiques sur la symptomatologie mais il peut aussi et /ou  en plus s'établir en fonction du degré d'apprésentation du patient ou de sa manière d'entrer en contact avec le monde. Il s'agit dès lors de s'interroger sur l'ontokinesthèse de notre patient ou en d'autres termes sur les sensations du mouvement de son être-au-monde.

 

" Je me persuade chaque jour davantage que nous pressentons tout dans la mélancolie et que dans le déchirement, nous savons tout. Il n'y a de déchirements que du coeur : et le coeur ne connaît pas l'espace " 15 écrit ce prince des ténèbres, ce maître de la mélancolie : Cioran. Il permet de saisir toute la richesse de la mélancolie et de libérer sa puissance. " Le mystère du sourire mélancolique résulte de l'énigme introduite par la douceur dans la mélancolie. Tout ce qui est suave, ingénu, pur, verse sur le vague de la mélancolie une fluide impondérable et mystérieux qui se dilate en nous comme un parfum enivrant et fin... La mélancolie ne transfigure-t-elle pas le visage le plus dépourvu d'expression en prêtant une profondeur au vide intérieur. "[14]

 

Si, comme l'écrit Maldiney, Le seul éclair de l'être est la déchirure du rien[15] et que, dans ce prolongement, la  mélancolie est un rien en déchirure , la dépression est quant à elle un rien qui ne peut se déchirer.

 

Au delà de tout jeu sémantique, le "rien" est bien l'axe fondamental de l'être-au-monde parce que le "rien" tout comme "l'être" ne se libèrent qu'au-delà du phénoménal tout comme l'encens doit brûler pour libérer ses flagrances…

 

L'homme est donc voué à déchirer son enveloppe pour devenir. Sa manière d'être-à-la-déchirure modulera la dynamique verticale de son élan vital. Le mélancolique déchire continuellement le rien qui se reforme instantanément quelque soit déjà la profondeur de sa souffrance. Même ce rien ne peut agir comme fondement.  Il ne connaît pas le repos puisqu''il ne ressent aucune terre sur laquelle il peut se reposer.[16] Dès lors, puisque son sol est "l'ouvert", un rien en déchirure, en recherche de l'absolu, sa matérialité est quasi-nulle.

 

Le corps du mélancolique qui existe sa mélancolie – à l’inverse de Baudelaire –  est éthéré, souvent leptosome, aérien, à la limite du sexué. "La sensation du mouvement de son corps vécu" ou son ontokinesthèse se veut le plus aréodynamique, il pourfend l'air sans résistance. Il ne se meut pas parce que, comme le prétend Straus, il ne peut pas appréhender la spatio-temporalité du monde[17] . Il plane dans les interstices du temps, dans ses "fêlures" et appréhende sans cesse la chute au point de pouvoir vivre un vertige permanent.

 

Le dépressif n'ose pas, ni affronter son être, ni déchirer le rien...Il a peur de tout avenir en rupture du passé. En général, on assiste, nous précise Henri Ey, "au déclenchement d'accès dépressifs, suite à l' l'influence de facteurs exogènes. Ces accès surviennent presque toujours à la faveur d'une prédisposition de la personnalité de base. C'est pourquoi, ils sont appellés états dépressifs réactionnels ou névrotiques."[18] 

 

Mais cette  peur qui paralyse le patient est quelques fois endogène dans la mesure où  "l'objet générateur " est intérieur, flou, impalpable. Le patient vit alors une sensation de non-être qui le conduit dans les affres de la désolation existentiale. Tellenbach nous dit que " dans les phénomènes de l'endogène se manifestent des manières d'être tout à fait primordiales de l'être humain : l'histoire vitale dans sa rythmicité et dans son mode d'écoulement , sa cinétique... L'endogène est ce qui ressort comme unité de la forme fondamentale dans tout historial..." [19] Et Maldiney de préciser : " l'endogène est en réalité l'endo-cosmo-gène. Il engage le monde comme il engage l'endon " [20]

 

La dépression se différencie dès lors fondamentalement de la mélancolie dans son étiopathologie. Si dans la première, la source est extérieure et souvent précise, dans la deuxième, elle est intérieure et toujours mystérieuse. Il faut néanmoins préciser comme nous le rappelle Maldiney, que la mélancolie touche fondamentalement notre rapport au monde, nos perceptions et modifie les constructions sémantiques de la réalité.

 

Le dépressif est en manque d'avoir pour être, le mélancolique est en manque d'être pour avoir...

 

Entrer en contact avec ces deux types de manque entraîne une différence fondamentale dans la qualité de "l'être-au-corps-du-monde " et de la présence dont le dépressif échoue sur les rives et le mélancolique creuse les entrailles.

 

La présence n'est pas " l'objet du déprimé " alors qu'elle est l'éternelle absence du mélancolique à savoir que la Présence reste sa quête du graal.

 

Si la dépression peut être approchée par une "science des faits", la mélancolie exige "une science des essences". et, je cite Blankenburg, " que signifie d'autre le terme d'ordre phénoménologique, sinon que les principes d'ordre doivent être tirés de ce qui apparaît en tant que tel, c'est-à-dire tirés de son essence. " [21] Il poursuit " Binswanger a bien plutôt tenu jusqu'à la fin "au fondement ontologico-daseinsanalytique", à l'être-dans-le-monde. Son thème principal est le transcender du Dasein." [22]

 

C'est que la mélancolie peut être comprise et sentie comme égopathie, comme une faiblesse du je, une insécurité du soi, une manque de confiance en soi. Mais comme le précise Blankenburg, " la différence à laquelle nous nous heurtons ici, est celle entre soi "naturel ou empirique" et soi "transcendantal".[23]

 

Le manque de confiance en soi qui touche le mélancolique est de l'ordre du transcendantal et non de l'empirique. Le mélancolique peut faire mais il est toujours déçu, le déprimé ne sait plus rien faire, car c'est son je empirique qui est ébranlé.

 

Bien que rapportés plutôt à la schizophrénie et à l'hébéphrénie, ces propos de Blankenburg illustrent très bien l'être-au-monde-mélancolique, "Trouver les limites dans le temporel, cela veut dire en même temps : trouver sa place dans la finitude. Ce qui est refusé à ces malades. Leurs impulsions suicidaires peuvent être comprises non seulement à partir d'un excès de souffrance, mais aussi, comme une volonté violente d'imposer la finitude du Dasein...Nos malades souffrent d'une altération particulière, la perte de l'évidence naturelle, qui est une transformation de l'orientation propre au-monde-du-vivre. Les malades se heurtent eux-même à l'inaptitude à se mouvoir dans l'évident. "[24] 

 

Cette notion de perte de l'évidence naturelle est très importante pour mieux comprendre combien l'intropathie ou l'empathie s'avère difficile avec un mélancolique. En effet, cette perte d'évidence naturelle s'accompagne d'une métamorphose de ses sens.

 

 Sa manière d' être-sensible-au-monde  module sa corporalité,  c'est à dire "  l'intermédiaire immédiat par lequel l'homme en dépassant le corps substantiel et le corporel  fonctionnel, s'exprime lui-même dans sa manière d'être, et à travers lequel il s'accorde, par son actuation,  signification, sens et valeur à son donné corporel, individuel, pour son existence personnelle "[25]

 

Je m'ouvre au monde parce que je peux aussi entrer en moi-même et partager avec l'autre. C'est parce que je suis en moi,  dans la stabilité de mon moi profond, et dans la sensation de mon idioV kosmoV, mon monde propre, tout en étant en relation avec le koinoV kosmoV,  le monde commun,  que je peux accéder à la présence qui me renvoient à la temporalité,  notion primordiale en phénoménologie.

 

La présence s'articule  dans un mouvement, un mouvement dans les extases du temps ( Passé, Présent et Futur) et un mouvement  entre le monde intérieur et le monde extérieur, entre l'état de sommeil  et l'état de veille, entre l'inconscient et le conscient, entre l'imaginaire et la réalité, entre la marge et l' espace d'expression,  entre toutes ces formes - magie d'un trait - qui se transforment sans cesse autour de moi. et qui me conduisent ainsi vers le transcendantal .  [26] Mais ce dedans et ce dehors ne sont pas des relations spatiales. La relation de l'intérieur et de l'extérieur ne se réduit pas à une pure relation de proximité : c'est une relation de la totalité du monde. Ce n'est qu'au titre d'être-sentant et se mouvant que l'homme et l'animal ont avec le monde une relation. Quant à mon corps, il est le médiateur entre le je et le monde, il n'appartient pleinement ni à l'intérieur, ni à l'extérieur. L'intérieur et l'extérieur sont dès lors relatifs à l'individu sentant et à sa relation totale avec le monde. [27]   

 

La présence est donc signe d'une transcendance. Et cette qualité de la présence, liée à la souplesse de mon mouvement et cette possibilité d'intuition phénoménologique  me conduisent vers ma possibilité d'apprésentation .

 

Cette idée que Husserl développe est liée au concept d'aperception qui est  la conscience ou la connaissance réflexive de l'état intérieur ou l'action de rapporter une représentation à la conscience de soi [28].

 

Elle permet la liaison de la conscience et du corps en une unité naturelle donnée à l'intuition empirique pour rendre possible quelque chose comme une compréhension mutuelle entre des êtres animés appartenant à un unique monde et que c'est uniquement par ce moyen que chaque sujet connaissant peut découvrir le monde total comme englobant , lui et d'autres sujets, et en même temps le reconnaître comme étant le seul et même environnement (Umwelt) qui appartient en commun à lui et aux autres sujets [29].

 

L'aperception nous renvoie à nos modes et qualité de perception et également sur l'objet perçu. La phénoménologie nous sensibilise à un autre monde de perception. Elle nous emmène plus loin, plus profondément, dans la transparence de l'être trop souvent opacifié par le quotidien.

 

Dès lors cette perception plus fondamentale qui lie, unit et englobe  par ce mouvement dont nous avons déjà parlé,  permettra une épiphanie du corps-vivant, c'est à dire un corps qui vit,  qui bouge, qui s'exprime, qui se dit, qui se métamorphose.  L'apprésentation nous permettra de saisir le corps-existant,  ou le corps-projet, ce corps qui signe l'alter -ego.  Et  " il ressort avec évidence que si je suis en défaut pour ce qui concerne l'alter ego, si je n'ai aucune compréhension de l'être de l'autre, alors c'est que j'ai manqué à réaliser l'interprétation du sens de mon propre Je " [30]  Ce qui signifie qu'une altération de l'apprésentation me ferme les portes de la compréhension de l'autre comme être-au-monde et me condamne par la même à l'ostracisme de mon  propre être-au-monde. dans le projet d'un monde commun . L'autre  n'est plus appréhendé comme alter-ego mais comme "alius" [31], un étranger , un parmi tant d'autres, sans spécificité, sans être-au-monde.

 

Or le mélancolique vit cette altération profonde de son mode d'aperception. C'est pourquoi, il se sent à ce point étranger dans le monde, à ce point seul, incompris, sans moyen de communiquer et partager son "étrangéité".

 

La psychothérapie de la mélancolie à l'inverse de la dépression  se situe dès lors  en deçà d'une psychothérapie de "faits" ou "rationnelle" ou encore même " catégoriale", elle se situe dans le "la" même où l'espace-temps s'articule.

 

6. Le spatio-temporel

 

La contribution philosophique de la notion de spatio-temporalité à sa compréhension psychopathologique est essentielle mais extrêmement complexe. Je retiendrai, parmi tant d'autres, Une étude phénoménologique intéressante de l'espace de Patocka qui nous dit, "La philosophie cherche à isoler les mathématiques de l'espace sensible et, par là, du monde sensible en général...les figures géométriques   présupposent un principe de multiplicité dont le déploiement progressif donne l'étendue géométrique ; elles présupposent un apeiron premier et intelligible, qui se distingue, par tout son caractère ontique, de l'apeiron totalement irrationnel que représente l'espace sensible en tant que réceptable des formes. La géométrie requiert un espace intelligible, essentiellement différent de l'espace mythico-sensible dans lequel nous vivons réellement. L'espace mythico-sensible n'est pas tout d'abord l'espace des formes géométriques  et de leur légalité intemporelles. Il est  au contraire, à l'origine, un espace dynamique, rempli de forces et de mouvements chaotiques. et un peu plus loin de continuer...le rejet du chaos mythique, de "l'espace vide" , du "réceptacle", constitue un élément important de cette exorcisation non mathématique du mythique."[32]

 

S'interroger ainsi sur l'identité de l'espace, être à l'écoute d'une intelligibilité tant philosophique que mathématique, à nouveau nous aide à mieux comprendre la problématique mélancolique qui se situe certainement dans cette arch , dans ce nœud de la prwth ulh . Le mélancolique ne peut se dégager de cette prwth ulh ,il y reste figé. Tout son mouvement n'est qu'illusoire et illusion, son essentiel, n'étant pas le dehors ou le dedans, mais le avant-dehors-dedans, le avant contenu-contenant.

 

Il est  en recherche de cet espace qui est "  une manière de se rapporter à l'univers - le rapport à la totalité des êtres qui rend possible l'insertion de la vie de l'être singulier au sein de la totalité. La relation originaire, qui fonde l'espace, à la travers lequel le sujet se met à part de la totalité des autres êtres pour s'y intégrer à nouveau , n'est pas un rapport dans lequel le sujet se trouve, mais le se-rapporter qu'il est . "[33]

 

La mélancolie est le symptôme de cette incapacité de réaliser, de rendre réel, cette sensation profonde de " l'impossibilité relationnelle" dans la mesure où la  "Uhrraum" est  à jamais perdue..., incapacité car toujours subsiste un doute... "et si jamais" . Le mélancolique fonde sa vie sur ce " et si  jamais ", sur cet espoir sans fondement d'une résurection alors que le dépressif ne fonde plus sa vie , tout est toujours perdu pour lui sans espoir, sans possibilité.

 

Cette pertubation spatiale entraîne , nous dit Maldiney, que  " Dans l'espace du mélancolique, les êtres ne communiquent pas entre eux par leurs horizons. Ils n'ont pas d'horizons. Faute d'espace marginal où il soit potentiellement au monde, il n'habite plus." [34]

 

En redécouvrant ce texte de Maldiney, en le réactivant dans ma conscience, je repense à mes pensées au Lac,  à mes notes dans mon calepin : " C'est pourquoi la mélancolie fuit l'étendue au risque de s'y perdre à jamais tout comme Louis II de Bavière. Il écoute le rien  qui envahit sa vie car le rien est la seule chose qui le rassure ou tout du moins la force que respire la faille de sa déchirure. L'horizontalité absorbe le mélancolique dans sa platitude, la verticalité le tient en vie."

 

Cette sensation intuitive d'écriture où le mot habille un sens prend sens maintenant. Il fuit l'étendue car il ne peut la saisir, car sa perception intérieure ne peut la limiter virtuellement. Cet infini, là face à lui, s'intériorise. Son corps en perd ses limites, et d'enveloppe contenant, il devient un " Adagio" , un soupir de l'âme...

 

Mais il est des horizontalités qui révèlent la verticalité

 

" La platitude d'abord ayant été dite

la verticalité de l'herbe nous ressuscite.

 

" la prise de conscience soudain

de la verticalité de l'herbe

la constante insureection du vert

nous ressuscite " [35]

 

Ce texte de Francis Ponge peut aider le thérapeute à trouver  un chemin pour le mélancolique.

 

" Dans l'apparition unique des contraires, nous dit Maldiney, la platitude horizontale du pré et la verte verticalité de l'herbe, sont non pas unies mais une dans le regard et la nomination, où s'affirme l'ex-istence d'un homme, resurgissant à soi, à l'instant qu'il existe l'insurrection de l'herbe à même la surrection de la parole" [36]

 

Dans cette phrase géniale peut reposer l'essence même de la psychothérapie du mélancolique qui ne peut exister puisqu'il n'a pas d'horizon, ou point de terre sur laquelle se reposer, ou une absence d'horizontalité de laquelle peut surgir la verticalité. La verticalité du mélancolique est celle engendrée, je vous le rappelle, par le rien en déchirure.

 

Nous terminerons cet exposé par Olivier, sa peinture, son sentiment de vertige et son évolution du trait sans épaisseur au trait qui fige l'éternité dans un mouvement continu.

 

7. Thérapie et Art

 

 

" Le maître mot de la critique poétique est le concept Chi : le plein, la plénitude de réalité matérielle, le poids concret dont parviennent à se charger les mots du poème. En peinture,au contraire, le concept central de la critique est le Xu : le vide,c'est à dire les plages blanches laissées à l'imagination et dont la partie peinte tend à n'être en quelque sorte que le  support . "  nous dit Ryckmans, propos rapportés par Maldiney [37] Celui-ci poursuit en citant Granet que "le vocable provoque le destin, suscite le réel. Réalité emblématique, la parole commande aux phénomènes."[38] pour enfin déduire que " C'est le propre de la parole de sous-tendre le silence, comme le vide actif d'une étendue ouverte dont, parlant, je suis le "là"... Ce jour, l'Ouvert, n'a pas de lieu. Il est le lieu, intégral en chaque éclat d'espace."[39]

 

 

Comme certains d'entre vous le savent déjà, si la psychiatrie m'a enseigné la nosographie, ce n'est certainement pas elle qui m'a dessiné les chemins thérapeutiques. La plus grande difficulté pour un thérapeute est de transcender sa qualité d'expert pour devenir " thérapeute". La précision d'un diagnostic est importante, primordiale mais ne guérit pas, pas plus qu'elle n'aide pas le patient. Un patient qui nomme sa pathologie s'y confine et quitte le pathique pour devenir " un malade". Le diagnostic n'est qu'un primum movens, dont la direction de sens est donnée par l'étincelle thérapeutique qui manque souvent cruellement.

 

Cette étincelle thérapeutique, je la trouve dans mes lectures, dans ma culture, dans mes rencontres, dans ma manière d'être-au-monde. Cette dernière lecture associée à mon histoire me permet de " saisir la souffrance mélancolique " d'olivier.

 

Lui, qui est peintre, ne peut encore l'être tant la plage blanche de sa toile lui donne le vertige. Lui qui ne connaît pas l'horizon, l'immensité infinie d'où peuvent surgir les formes, ne peut affronter l'horizon de la toile. C'est pourquoi, il ne peut encore se révéler comme un artiste, comme celui qui fige l'éternité dans un trait magique. Il ne peut que remplir sa toile avec des structures réfléchies, préméditées ou inspirées par d'autres. Il déforme, mutile, déguise le trait des autres mais jamais, il ne se perd dans la toile. Jamais il ne déchire son rien pour que dans cette faille surgisse la "Uhrgestalt", seule expression de l'art. Il se trouve dans une telle recherche de cette "Uhrraum", de cette espace originaire-perdu qu'il demeure dans l'errance.

 

Olivier ne peut vivre que l'errance en déchirure qui  mène à une aliénation du moi, à une oscillation entre un délire mystique de grandeur et un délire paranoïaque de persécution en passant par son centre : la mélancolie. Il rationalise sa peinture et l'interprète sans cesse . Il l'utilise consciemment et intentionnellement comme moyen cathartique ce qui laisse son expression sans épaisseur, sans profondeur.

 

 

En décembre dernier, alors que je pars en vacances, il me demande au téléphone "quelques mots transitionnels", de ces mots qui dépassent leur propre signifiant pour ouvrir l'espace d'un signifié transcendant. Sans réfléchir, je lui dis    - " Peins ton vertige."

 

Ces trois mots anodins ont pu libérer Marc qui, sans préparation,  a transposé sur la toile son vertige existentiel qu'il a appelé "Requiem".

 

Dans l'horizontalité de sa toile, on peut ressentir la verticalité de l'ascension du trait.

 

 

La vie est un écheveau de brins d'émotion, d'histoire, d'énergie et de matière. La gestalt qui la forme ne peut plus se réduire à ses composants.

 

Nous pouvons certes analyser "le typus mélancolicus", mieux le comprendre, le cerner, voire même l'approcher, mais le soigner me semble utopique. Tout au plus, pouvons-nous l'aider à construire un autre modèle d'existence auquel il pourrait adhérer.

 

Avant que l'oeil ne perde sa capacité de voir,

Il verra jusqu'à un poil de duvet.

Quand l'oreille approche de la surdité,

elle entend voleter un menu insecte.

Avant que la bouche ne s'affadisse

en buvant, elle distingue l'eau de chaque source.

Avant que le nez soit bouché,

il est sensible à l'odeur du bois sec.

Avant que le coeur ne s'ankylose,

il est d'une extrème agilité.

Il reconnaît sans difficulté ce qui est et ce qui n'est pas.

Seul ce qui n'est pas poussé à l'extrême

ne connaît pas de retour. "

Lie-Tseu  [40]

 

Ainsi peut-on aussi ressentir la mélancolie, comme cette manière d'être-au-monde à l'extrême de l'espace-temps, dans ce rien en déchirure continuelle d'où peut surgir l'absolu...

 

« Le désir est absolu si le l'être-désirant est mortel et le désiré invisible. »                                                                               Lévinas [41]

 

 

 

Si, comme l'écrit Maldiney, Le seul éclair de l'être est la déchirure du rien ,nous pourrions écrire dans ce prolongement que la  mélancolie est un rien en déchirure et la dépression un rien qui ne peut se déchirer.

 

Le dépressif est en manque d'avoir pour être, le mélancolique est en manque d'être pour avoir...

 

 

1:   Roger Munier , Mélancolie, Paris, le Nyctalope, 1987,

 

2:   Charles BAUDELAIRE , les fleurs du  mal : Spleen et idéal, un Fantôme , les ténèbres.

 

3:  Michèle GENNART, La disposition affective chez Heidegger, dans  " Le  CONTACT", Textes
      colléctés par Jacques schotte aux éditions De Boeck.1990 

 

4:   Jacques HASSOUN, La cruauté mélancolique , Aubier psychanalyse 1995

 

5:   Jean BAUDRILLARD, Cool Memories 1980 - 1985 , Galilée 1987

 

6:    Ludwig BINSWANGER, Mélancolie et Manie, P.U.F., 1960-1987

 

7:    René DIGO , De l'ennui à la mélancolie, Privat 1979

 

8:    CIORAN, Le livre des leurres, Arcades-Gallimard, 1992

 

9:    Henry MALDINEY, L'art, éclair de l'être, éd. Comp'act, 1992

 

10:  Edmund HUSSERL, la terre ne se meut pas, Ed. Minuit

 

11: Erwin STRAUS, Du sens des sens, Millon, 1935-1989

 

12:  Henri Ey, manuel de psychiatrie, 1978

 

13:  Hubertus TELLENBACH, Mélancolie, P.U.F. 1979

 

14:  Henri MALDINEY, Penser l'homme et la folie, Millon, 1991

 

15:  Wolgang BLANKENBURG, La perte de l'évidence naturelle, P.U.F. 1971-1991

 

16:  Frans VELDMAN, Haptonomie, science de l'affectivité, chez P.U.F., 1989

 

17:  André LALANDE, Vovabulaire de la philosophie, P.U.F.   1926 * 1988  

 

18: Edmund HUSSERL, Idées directrices pour une phénoménologie, TEL Gallimard   1913 * 1950
      

19: Jan PATOCKA,  Qu'est ce que la phénoménologie ?, Millon,1988

 

20: Francis PONGE, La fabrique du pré, Les sentiers de la création, Skira, 1971

 

 

 

 

 



[1]: Roger Munier , Mélancolie, Paris, le Nyctalope, 1987, Page 60

 

[2]: Charles BAUDELAIRE , les fleurs du  mal : Spleen et idéal, un Fantôme , les ténèbres.

 

[3]: Michèle GENNART, La disposition affective chez Heidegger, dans  " Le  CONTACT", Textes colléctés par Jacques schotte aux éditions De Boeck.1990  Page 75.

 

[4]:  Ibidem  de la page 65 à 81

 

[5]: Extraits des textes ( une quarantaine de pages ) qu' Olivier écrit entre chacune de nos consultations.

 

[6]: Jacques HASSOUN, La cruauté mélancolique , Aubier psychanalyse 1995, Page 40 et svte

 

[7]: Jean BAUDRILLARD, Cool Memories 1980 - 1985 , Galilée 1987, Page 23

 

[8] : Conferatur annotation 5

 

[9]:  Ludwig BINSWANGER, Mélancolie et Manie, P.U.F., 1960-1987 page 43

 

[10]: René DIGO , De l'ennui à la mélancolie, Privat 1979, Page 32

 

[11]:  Conferatur annotation 9 , Page 25

 

[12]: Extrait d'une lettre d'une patiente après une consultation. Quelques semaines plus tard, elle pourra vivre,enfin, un épisode amoureux, sans pour autant encore l'exister.

 

[13]: Confératur annotation 9  , Page 39

 

15 : CIORAN, Le livre des leurres, Arcades-Gallimard, 1992 page 234

 

[14]: Ibidem, page 63

 

[15]: Henry MALDINEY, L'art, éclair de l'être, éd. Comp'act, 1992; page 23

 

[16]: A consulter l'ouvrage de HUSSERL, la terre ne se meut pas, 

 

[17]: Erwin STRAUS, Du sens des sens, Millon, 1935-1989, dans le chapître  "Mouvement et action " page 211 et suivantes.

 

[18]: Henri Ey, manuel de psychiatrie, 1978, page 251

 

[19]: Hubertus TELLENBACH, Mélancolie, P.U.F. 1979, page 36 et 37

 

[20]: Henri MALDINEY, Penser l'homme et la folie, Millon, 1991 Page 101

 

[21]: Wolgang BLANKENBURG, La perte de l'évidence naturelle, P.U.F. 1971-1991, Page  39

 

[22]: Ibidem, page 46

 

[23]: Ibidem, page 152

 

[24]:  ibidem, page 128

 

[25]:   Frans VELDMAN, Haptonomie, science de l'affectivité, chez P.U.F., 1989,  Page 63

 

[26]: J'aimerais - en sortant de la Daseinsanalyse - rapprocher ce transcendantal du chaos, du
V, qui est selon le yi-king l'état ou tout existe mais sous une forme si indifférenciée que rien ne se manifeste individuellement : c'est la pure entropie . L'univers est toujours dans l'état incomplet de sa forme originaire. C'est quand l'énergie, la forme et la matière sont présentes, mais pas encore séparées. David MACLAGAN, La création et ses mythes,  chez seuil 1976 * 1977 Page 14.

 

[27]:   Erwin STRAUS, Op. Cit. Page 389 à 398.

 

[28]:   André LALANDE, Vovabulaire de la philosophie, P.U.F.   1926 * 1988   P. 66

 

[29]: Edmund HUSSERL, Idées directrices pour une phénoménologie, TEL Gallimard   1913 * 1950  Page 179

 

[30]:  Ludwig BINSWANGER,  Mélancolie, Manie, chez P.U.F. 1969-1987   Page 84

 

[31]:  Ibid. Page 85

 

[32]: Jan PATOCKA,  Qu'est ce que la phénoménologie ?, Millon,1988, page 85

 

[33]: ibidem, page 55

 

[34]: Henri MALDINEY, Op. Cit. N°22, page 92

 

[35]: Francis PONGE, La fabrique du pré, Les sentiers de la création, Skira, 1971, Page 230

 

[36]: Henri MALDINEY, Op. Cit. n° 17 , page 66

[37]: Henri MALDINEY, Op. Cit. N° 17, page 130

 

[38]:  Ibidem, page 128

[39]:  Ibidem, page 128

 

[40]:LIE-TSEU , Le vrai Classique du vide parfait, IV,X  Poème, Collection la Pléiade, Philosophes Taoïste, Page 461

 

[41]: Emmanuel LEVINAS , Totalité et infini, essai sur l'extériorité, Livre de poche, 1971, PAge 22